Mats Gustafsson & Kimmo Pohjonen

Two Balls Are Enough

Mats Gustafsson (ts, bs, fl, fx), Kimmo Pohjonen (acc, elec, fx)

Label / Distribution : Trost Records

Avec « Ice Heaven » et ses rythmes martiaux, assez apocalyptiques, et cet accordéon comme sorti des flammes, Two Balls Are Enough donne le ton d’une rencontre qu’on croyait déjà ancienne, mais qui se déroule sous nos yeux. L’accordéoniste finlandais Kimmo Pohjonen et le multianchiste suédois Mats Gustafsson ont tous les deux, dès les années 90, défini les sons dans lesquels nous évoluons aujourd’hui. Gustafsson en continuant à dynamiter un free jazz contondant dans la lignée de Brötzmann avec The Thing et en construisant le Fire ! Orchestra pour donner le pouvoir aux jeunes générations. Pohjonen en repensant totalement les musiques traditionnelles de la Baltique et en étendant les possibilités de son instrument, ce qui a nourri de nombreux musiciens à cheval entre musique trad libertaire et électronique fiévreuse.

Cet album réunit donc deux pôles d’équilibre pour une musique improvisée en totale liberté et hérissée d’électronique, dans la droite ligne de ce que Pohjonen propose avec son trio Pohjonen Alanko, la dureté du saxophone en plus, à l’image de « Snow Linat » qui démarre pourtant dans la douceur de la flûte. Difficile de ne pas penser au récent duo de Gustafsson avec Delphine Joussein dans cette joie débordante de la liberté chaotique et ce jeu paroxystique et sans entrave. Dans les éclats d’électricité de l’accordéon, le Suédois donne toute puissance, sans délaisser une certaine finesse, dans des moments où Pohjonen décide d’ouvrir un peu l’espace, de s’attarder sur le paysage sans urgence. Il y a même une pointe de mélancolie sur « Slow Down The Beating », toujours à la flûte, mais elle est vite travaillée par une électricité écorchée et lancinante qui souligne une nervosité partout alentour.

L’alliance nordique proposée par le label autrichien Trost Records est une surprise. On ne peut qu’être envoûté par le travail sonore urgent et fébrile des deux musiciens, et leur capacité à fédérer leurs forces, à l’instar de « Naga » ; un morceau inexorable, fait de tensions diverses et d’explosions sporadiques, qui dit tout de la joie de jouer librement ensemble. Ici, l’accordéon ponctue et souligne les déchirures du baryton avec une pointe de malice pour mieux se fondre dans une rythmique commune. La musique du duo est à l’image d’une fin d’hiver en baltique : bourbeuse, hostile parfois, mais terriblement fructueuse et chargée de promesse. Ce sont deux monstres sacrés qui se rencontrent enfin dans l’expression la plus absolue de leur indépendance.