Grande œuvre centrale dans la longue carrière du compositeur et multi-instrumentiste britannique Mike Westbrook, The Cortège fait depuis sa sortie en 1982 l’objet de maintes éditions, entre nouveaux formats et remasterings de bon aloi. Enja avait ressorti en 2012 ce disque du Mike Westbrook Orchestra (MWO), témoignant de son atemporalité. Treize ans après, et alors que le compositeur fête ses 88 ans, c’est un sacré document que le label Cadillac publie. The Cortège Live at BBC 1980 précède de deux ans la version finale et offre, dans une version épurée et au son remarquable, une lecture plus urgente qui éclaire le travail de Westbrook.
Bien sûr, il y a cette intro presque métalleuse de « It Starts Here » avec Brian Golding, ancien héraut de Centipede qui pose le cadre que Westbrook va contribuer à garnir, d’abord en y opposant le ténor d’Alan Wakeman, puis en fragmentant peu à peu le propos pour laisser l’orchestre se saisir du riff dans toute sa profondeur. S’il y a un héritage de Canterbury, il est dans le background des musiciens (la regrettée Lindsay Cooper, souvent décisive) plus que dans la musique de Westbrook qui s’inscrit dans un jazz très ouvert et créatif. On portera attention notamment à « Berlin 16.2.79 » qui s’ouvre sur un solo de tuba solennel, quelque chose d’une déambulation, ce secret de The Cortège qui évoque le cycle de la mort et de la vie. Une vie plus turbulente dans la version de la BBC où la voix de Phil Minton se détaille avec beaucoup de clarté, permettant de profiter de la poésie des mots choisis, ici en allemand.
Anglais, allemand, français, italien, espagnol… Ce qui frappe dans cette version de The Cortège, peut-être encore davantage que dans la version studio, c’est la construction d’une tour de Babel étrangement harmonieuse et réglée par le piano du maître des lieux. C’était plus anecdotique, cela apparaît central, notamment dans « Leñador », morceau d’une beauté confondante qui apparaît ici dans toute sa théâtralité avec la voix caverneuse et joliment voilée de Kate Westbrook. Le MWO est un orchestre de scène, qui explose ici dans le cadre radiophonique. Il y a bien sûr le solo aérien de Malcolm Griffiths au trombone, mais c’est globalement, et dans tout son relief, que l’orchestre nous emmène. Cette sortie est un indispensable pour les amateurs de Westbrook et globalement pour tous les amateurs de Grands Formats.

