Pascal Niggenkemper

The Ocean Within Us

Pascal Niggenkemper (b, voix), Sakina Abdou (s, fl, voix), Liz Kosack (clavier, voix), Gerald Cleaver (d, voix)

Label / Distribution : Subran Music

Pascal Niggenkemper entretient un rapport fort aux mers de ce monde et à l’impact délétère que leur fait subir l’activité humaine. Les titres de quelques-uns de ses disques en attestent : Le Septième continent (sur ce continent de plastique situé entre Hawaï et le Japon), Tuvalu Ensemble (du nom de ces îles polynésiennes menacées par la montée des eaux) ou aujourd’hui The Ocean Within Us, créé lors du Festival Jazzdor-Strasbourg édition 2025, dans lequel il réunit un quartet classique dans sa forme (saxophone, clavier, basse, batterie), parfaitement original en revanche dans sa proposition. Comme toujours chez le contrebassiste (lire l’entretien accordé à Citizen Jazz en 2020), le rapport à la matière sonore a son importance, tout comme la manière de structurer des propositions aussi inouïes que celles qui illustrent ce disque.

Articulées autour de voix, modifiées par électronique — les deux courants profonds qui irriguent le répertoire —, le quartet invente une partition à la fois très concrète dans laquelle la dimension physique des sons revêt une importance majeure, et un geste puissant qui se déploie tout au long de ces onze pistes. Par un entrelacement mystérieux de lignes surgissant de nulle part et des chocs ou rebonds fructueux entre les différentes parties, le contrebassiste et ses partenaires nous entraînent dans un tourbillon aussi déstabilisant que plaisant. Privilégiant à certains moments un geste projectif dans lequel le saxophone de Sakina Abdou fait florès par sa manière de dévaler les gammes, poursuivi par les claviers incontrôlables et synthétiques de Liz Kosack, le groupe peut tout aussi bien s’attarder sur des espaces plus stationnaires d’où émergent des chœurs inquiétants. Si, de fait, aucune narration claire ne se dégage, accentuant un sentiment d’étrangeté, il finit par trouver un point d’équilibre à travers notamment le titre « Mami wata » dans lequel d’étranges cellules ryhtmico-harmoniques s’agencent comme à contrecœur pour finir par construire un groove prenant que lie, avec le savoir-faire qui est le sien, la batterie inventive de Gerald Cleaver.

Cette dimension protéiforme et imprévisible fait le charme de ce répertoire qui tient autant du laboratoire que de la performance. Il nous plonge surtout dans un univers personnel sûr de son fait qui déconcerte l’auditeur avant de l’emporter.