Pétrole
The 5/4 Thing
Sol Léna-Schroll (s), Hector Léna-Schroll (tp), Emilian Ducret (dm), Clément Merienne (p, keys)
Label / Distribution : Autres Records

Le collectif franco-norvégien L’Autre Collectif/Det Andre Kollektivet, dont les membres travaillent à créer et consolider d’années en années un pont artistique entre Paris et Oslo, va vite. Et ce alors que leurs nombreux projets de qualité – groupes, disques et festivals – s’apprécient dans la pondération. L’un des derniers exemples en date est un album d’une grande élégance. Sorti chez Autres Records, on y retrouve les piliers français du collectif, les frères Sol Léna-Schroll (saxophones) et Hector Léna-Schroll (trompette), ainsi que Emilian Ducret à la batterie et Clément Merienne au piano et claviers. Ils forment le quartet Pétrole. The 5/4 Thing, ravira les amateurs de rythmiques impaires obsédantes, ou des projets emblématiques de Steve Coleman ou James Brandon Lewis Quartet, époque Code of Being.
Leur mode compositionnel se base autant sur la mathématique, le savoir-faire d’un groupe techniquement solide, que sur des dynamiques d’improvisation pure. Ceci explique que le résultat, qui, loin d’être abscons, capte au contraire l’attention par une aura mystérieuse, celle de l’émulation collective. Le phénomène, étudié au microscope ici – voire en macro, tant il est question d’observer avec recul les forces gravitationnelles des vibrations propres à chaque instrument – est décrit par le groupe comme « un processus sans fin de recomposition du matériau musical existant », par des « systèmes d’improvisation et d’augmentation mélodique ». Contrepoints, unissons, structurations harmoniques tendues ne cherchent pas l’atonalité, mais la douceur qui porte vers l’onirisme (« Triade »). Le quartet l’avoue, il « tisse une musique dans la matière dont sont faits les songes ».
Alors faisons fi des concepts, bien plus complexes que les sons qui en résultent, sans doute parce que la musique, quand elle est bonne, trouve toujours le chemin le plus court vers nos oreilles et nos imaginaires. Hector Léna-Schroll, à la trompette et au piccolo, nous offre des moments quasi lyriques, tels des échappées expressionnistes dans « Cycle & Scales #23 » ou nostalgiques dans « Pendule 1 ». Clément Merienne, infaillible au piano sans jamais en faire trop, assure le rythme, remplaçant un bassiste volontairement absent. Les rôles tournent. Comme sur « Mazout » titre d’Emilian Ducret qui donne à Sol Léna-Schroll au saxophone l’ancrage du métronome et lui permet, à lui, à la batterie, de sortir des rangs pour pétiller.
Ce Pétrole est brut mais, contrairement à la matière d’origine fossile, plein de clarté.

