Chronique

Pierrick Menuau

Togetherness Ensemble

Pierrick Menuau (ts), Yoann Loustalot (tp), Julien Touéry (p), Sébastien Boisseau (cb), Christophe Lavergne (dms)

Label / Distribution : Tinker Label

En dépit d’une vie consacrée au jazz dans sa dimension scénique autant que pédagogique, le présent enregistrement n’est que le premier, intégralement sous son nom, de l’Angevin Pierrick Menuau. Et le résultat valait l’attente. Trouvant son origine dans Togetherness (1966) de Don Cherry, dans lequel on peut entendre Gato Barbieri, Jean-François Jenny-Clark et Aldo Romano, la formation que le saxophoniste ténor a patiemment construite est pour beaucoup dans la réussite de ce disque. Après avoir choisi, dans un premier temps, comme rythmique les deux Américains Barry Altschul et Santi DeBriano (vus à l’Europa Jazz en 2018) pour interpréter le répertoire dans son intégralité, le quintet devient franco-français (Sébastien Boisseau et Christophe Lavergne sont désormais à la basse à la batterie) et les compositions quasi entièrement originales (une pièce de Cherry, cependant, rappelle le projet d’origine).

Complété par le piano pivot de Julien Touéry et la trompette brillante de Yoann Loustalot, Menuau déroule un set qui prend ses aises sur scène quoique trouvant aussi pleinement sa justification en studio. La connivence qui lie les cinq musiciens, de même qu’une culture et un amour communs pour un jazz venu des années 60, constitue, en effet, un socle solide sur lequel ils s’appuient pour dérouler un jeu avec toute la liberté possible. La pratique contemporaine de ces mêmes membres dans de multiples autres formations est, par ailleurs, le moyen de revitaliser un langage toujours d’actualité. Complexité rythmique, jeu des dissonances, virtuosités solistes et surtout échanges tous azimuts font du groupe un terrain où tous s’engagent avec mordant.

Surtout, les morceaux et leur organisation rendent le disque attachant. Les titres de Pierrick Menuau (de même que ceux de Loustalot ou Touéry) sont immédiats et respirent une spontanéité chantante entrecoupée de respirations ludiques. Avec flegme, le répertoire progresse ainsi à travers des moments naturels qui balancent, parfois d’une phrase à l’autre, entre lumière et ombre, tirant des larmes pour, dans la seconde qui suit, vous atteindre d’une joie native. La grande leçon de Don Cherry ! que Pierrick Menuau a parfaitement retenue et faite sienne.