Rêve d’Éléphant Orchestra
Jungle Binche
Michel Massot (tu, tb), Pierre Bernard (fl), Christian Altehülshorst (tp), Michel Debrulle (perc), Louis Frères (b), Nicolas Dechêne (g), Stéphane Pougin (d).
Label / Distribution : Igloo
Avec la même équipe que le précédent Dance Dance qui fêtait les vingt ans de l’orchestre du Collectif du Lion, les Liégeois de Rêve d’Éléphant Orchestra (REO) nous emmènent encore dans leur univers volontiers fanfaron à l’imaginaire débridé. Le chroniqueur fainéant ferait ici un parallèle avec les univers de la BD belge, un peu enfantine, beaucoup aventurière, pour croquer « Hypnotique », écrit par Michel Massot et tout entier dédié à ses embouchures ; il en serait de même avec « Éléphant Lunaire » où l’excellent bassiste Louis Frères vient faire danser les pachydermes, bien aidé par une rythmique solide et inventive, où Michel Debrulle est rejoint par Stéphane Pougin, extrêmement complémentaire.
Du parallèle oiseux avec la bande à Spirou, on peut néanmoins conserver la ligne claire, cet capacité à faire simple en toutes circonstances pour aller à l’essentiel, à l’image de « Poursuite », écrit par le flûtiste Pierre Bernard qui emprunte à l’esthétique cinématique pour faire déambuler un septet qui garde toujours en tête l’esprit de danse et de fête qui le nourrit depuis un quart de siècle. Alentour, c’est le duo historique de Massot et Debrulle qui mène cette danse et joue avec les codes avec le même humour, mais comme nous le notions dans le précédent album, le trompettiste Christian Altehülshorst a un rôle important de liant et d’organisation, créant sa propre paire avec le guitariste Nicolas Dechêne, souvent dédiée à la cohésion générale du groupe (« Spider Party »).
Avec Jungle Binche, nom donné en référence à cette petite ville du Hainaut célèbre pour son carnaval et ses Gilles à chapeaux emplumés qui déambulent. Dans le morceau titre, signé Debrulle et Massot, difficile de ne pas trouver un parallèle avec l’orchestre, lui aussi devenu patrimoine belge, d’autant que depuis plusieurs décennies Michel Debrulle a dans ses percussions un tambour de Binche qui contribue à sa signature sonore. Comme le carnaval et ses Gilles, que la pochette représente sous forme d’éléphanteaux, le REO nous enchante simplement en allant chercher dans l’expression populaire et les traditions le moyen de nourrir son turbulent imaginaire.

