Chronique

Rinaudo, Quenehen, Winsé

Spin & Spells

Rafaelle Rinaudo (hp, voc), Raphaël Quenehen (ts, as, perc, voc), Simon Winsé (fl, ngoni, voc)

Label / Distribution : Gigantonium

Quelques années après un premier disque, Dangada, sorti sur le label Gigantonium que l’on peut qualifier de maison éclectique et curieuse, il nous tardait d’entendre de nouveau le musicien peul Simon Winsé. C’est dans un nouveau projet aux franges du jazz et des musiques improvisées, mais au centre névralgique de la joie, qu’on retrouve sa flûte et son n’goni. Et plus encore sa voix, dans un projet mené par la harpiste Rafaelle Rinaudo, une habituée du label et un tiers de Nout. Pour clore le trio, c’est Raphaël Quenehen qui vient donner du saxophone en coutumier de la lecture des folklores mondiaux avec Papanosh. Si une envie soudaine de bal et d’insouciance estivale aux petites heures de la nuit vous étreint en songeant à cette musique, n’ayez crainte, c’est exactement vers cette légèreté que vous conduit Spin & Spells, moment suspendu imaginé par Rafaelle Rinaudo.

À peine « Les comparaisons » entamé, on comprend que ce moment de fête est d’abord un moment de communion. Les cordes du musicien burkinabé croisent celles de la harpe électrique de son hôte. Raphaël Quenehen quant à lui se pose en élément central, comme une perspective oblique et porteuse de lumière ; le saxophone est volubile mais étonnamment très léger sur son tapis de cordes. Il danse. Et nous aussi, d’une manière assez grisante, dans l’entropie générale où Quenehen se charge d’une rythmique soufflée et échevelée. Plus loin, avec « L’Aube », on retrouve cette même dynamique, pourtant plus douce, où le jeu de Rinaudo se fait plus mélancolique, flirtant avec l’éther. Armé de sa flûte peule, Simon Winsé instaure une nouvelle dynamique avec le saxophone, retrouvant une tournerie de danse qui regarde tout autant vers la Méditerranée qu’aux frontières du royaume mandingue, dans un joyeux bazar, réjouissant et unique.

Depuis Nout, on sait que la flûte est la meilleure amie de Rafaelle Rinaudo. Ici, avec le jeu plein de growl de Winsé, il y a une forme d’alchimie surnaturelle, qui réveille bien des esprits malins venus célébrer le mouvement perpétuel du n’goni et de la harpe (« Du cristal à la fumée »). Là où ces esprits sont les plus forts, puisque Raphaël Quenehen vient crier avec eux, c’est certainement sur le remarquable « Agueretou » [1], fusion totale des diverses expressions du trio. L’esprit de la fête domine, à côté de celui de la nuit. Spin & Cells est un disque qui ressemble à ses trois musiciens, pétillant et chaleureux.

par Franpi Barriaux // Publié le 9 novembre 2025
P.-S. :

[1Ecoutez-le plusieurs fois pour être certains de bien le garder en ver d’oreille pour plusieurs semaines, NDLR.