
Rodrigo Amado This Our Language Quartet
Wailers
Rodrigo Amado (ts), Joe McPhee (ts), Kent Kessler (b), Cris Corsano (d) L
Label / Distribution : European Echoes
Quatrième référence pour ce quartet transatlantique que conduit le saxophoniste Rodrigo Amado depuis plus de dix ans. La première référence avait posé la ligne de conduite de ces quatre musiciens dont trois sont américains : maintenir vivant, voire vivace un langage venu directement des années free dans lesquelles l’expression musicale est tout aussi importante que l’engagement politique qu’elle sous-tend. Si radicalité il y a, c’est celle d’un geste pur, brûlant et surtout fraternel.
Car l’engagement des membres de cet orchestre tient autant à leur capacité à rebondir collectivement et individuellement sur les propositions de chacun, qu’à savoir apprécier la connivence qui les lie. Bien sûr, la superposition des timbres des deux ténors crée un son d’ensemble massif qui va tout droit creuser dans la densité qu’ils font lever, mais c’est surtout la proximité des intentions qui fixe l’attention. Qu’importe alors la géographie ou la différence d’âge : ces musiciens sont du même territoire, un territoire mobile qui emprunte là ou ailleurs, dans un blues hors d’âge ou un jazz qui évoque les standards, ils évoluent au gré des événements qu’ils produisent et chantent.
De là, le poème d’Amiri Baraka placé en exergue qui clame haut : « nous sommes des pleureurs ». Car chanter soulage l’âme et Joe McPhee en est le légitime héraut. Soutenu par Kent Kessler qu’il côtoie depuis de nombreuses années et qui lui apporte l’aiguillon nécessaire, par un archet vindicatif ou par des pizzicatos louvoyants, il se fait plus lyrique que le ténor d’Amado qui, une fois les mélismes passés, porte le feu sur cette terre hypnotiquement aride. Derrière, coloriste fauve, garant d’une rigueur métrique pourtant libre, le batteur Cris Corsano tient la barre et permet de soulever plus encore ce quartet majuscule fait d’embardées, d’oasis inattendues (où se perche une flûte pour oiseau) et d’une vigueur qui bouscule avec bonheur. De quoi ravir celui ou celle qui, également, comprend ce langage brut et la poésie sauvage qui en découle. Que les autres prêtent l’oreille, il se pourrait bien qu’ils soient déroutés - sûrement, mais possiblement séduits par une telle intensité expressive.
