Tiri Carreras, une année improvisée

Décidément, l’année est prolifique pour le batteur-percussionniste Tiri Carreras qui fait paraître un nouvel enregistrement après en avoir déjà proposé deux, dont un double, au cours du premier semestre.

C’est en début d’année que sort Sin problemas, avec Jean-Luc Petit : un disque qui a toute la saveur de ces duos improvisés saxophone/batterie où chacun s’exprime avec la plus grande liberté, pour peu qu’il se laisse accompagner dans cette aventure par son partenaire. Le saxophone incandescent de Jean-Luc Petit trouve là un terrain d’investigation à la hauteur de la feuille de route, laissant toutefois Tiri Carreras développer un jeu de proximité, certes, mais surtout parfaitement protéiforme dans le sens où il crée, par une polyrythmie réfléchie, un volume sonore qui semble multiplier les portes d’entrée. Au coude-à-coude, les deux partenaires traversent ainsi quelques plages libres aussi sèches que brûlantes.

De sécheresse et de feu, il est aussi question dans le deuxième disque, un double album paru quant à lui en février. On y retrouve Carreras et Sylvain Guérineau qui avaient déjà su nous séduire l’année dernière avec Al Shifa. Cette fois donc, c’est autour de l’eau que tourne leur propos. De l’eau et surtout de son absence, de sa rareté prochaine, voire déjà en cours à certains endroits. Deux enregistrements complémentaires qui ne sont pas totalement illustratifs, en tout cas sans concession, abrasifs à bien des endroits, asséchants comme on l’a dit. La batterie s’y fait plus traditionnelle, impulsive, vindicative tout comme le saxophone. Les deux musiciens montrent une nouvelle fois que cette esthétique, qui est de l’ordre d’un geste qui se justifie et se transcende dans l’instant et où cet instant est une projection sonore autant qu’humaine dans son expression de colère et de tristesse, peut valoir comme un brûlot politique. Elle interroge tout un chacun : est-ce la musique qui est âpre ou le monde qui l’induit ?

En août enfin, ce même duo devient trio avec la présence de Fred Marty. Bien sûr, les positionnements sont plus complexes à trois qu’à deux et induisent d’autres engagements. Plus affûtés dans leur écoute, les trois musiciens prennent le temps de dérouler un propos plus elliptique, plus nuancé, où l’on entend les parties hautes de la batterie. Les cymbales, frappées ou fouettées, viennent compléter un saxophone volontiers rêveur qui déambule aux côtés d’une basse fureteuse. Mais ne nous y trompons pas : sous l’écorce qui orne la pochette du disque, on découvre vite de quel bois se chauffent ces trois-là. De ces chorégraphies parfois rudes jaillissent des étincelles qui enflamment l’ensemble et offrent, là encore, une musique incantatoire et d’une intensité totale, arrivant après s’être longtemps contenue.