Chronique

Tiri Carreras & Sylvain Guérineau

Al Shifa

Tiri Carreras (d), Sylvain Guérineau (s, cl)

Label / Distribution : Le Petit Label

Avec pour titre Al Shifa, du nom de l’hôpital de Gaza en partie détruit lors des événements déchirant Israël et Palestine en 2023 et 2024 et durant lesquels des malades ont été tués, Tiri Carreras et Sylvain Guérineau entendent porter un soutien aux victimes et leur rendre hommage.

En se positionnant dans le prolongement des grands duos free batterie/saxophone (ou encore, comme c’est le cas ici, également clarinette), ils retournent à l’expression la plus nue. Celle d’une mélodie décharnée et ultra suggestive qui fait du cri un prolongement du chant, et celle d’un enveloppement rythmique qui la soutient et la transcende. La variété des frappes de Carreras, de même que son jeu sur le haut et le bas de la batterie qui embrassent toute la colonne de son, permet de renouveler son discours et nourrir le phrasé de son partenaire. In fine, il devient impossible de dissocier l’apport de l’un et de l’autre dans cette cellule orchestrale minimale insécable.

Dans la complémentarité de ces deux musiciens se joue, de fait, une sincérité sans fioriture qui fait du geste musical le moyen d’abolir la frontière entre le ressenti des émotions humaines et leur transposition dans le champ artistique. Se noue là une alliance fructueuse qui transmue les sentiments en langage et le langage en complainte. Les interprétations des titres « Lonely Woman » et « Le Temps des cerises » confèrent un supplément à cet échange en lui apportant une dimension universelle.

par Nicolas Dourlhès // Publié le 9 novembre 2025
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