
Tomasz Chyła Quintet
It’s Not a Fake, It’s a Replica
Tomasz Chyła (vln), Emil Miszk (tp), Krzysztof Hadrych (g), Konrad Żołnierek (b), Sławek Koryzno (dms).
Label / Distribution : Alpaka Records
Comment peut-on sonner à la fois rock progressif et moderne, sans tomber dans des travers allégoriques et pleins d’électricité débordante ? Comment, en somme, se charger d’une recette quinquagénaire et lui donner cette actualité ? Voici plus de cinq ans que le Tomasz Chyła Quintet tente de répondre à la question avec la foi du charbonnier. Et une petite dose d’ironie subtiles qui se cache souvent dans les soli enflammés de Krzysztof Hadrych, préposé à la guitare (« Jiga »). It’s Not a Fake, It’s a Replica, le nouvel album paru sur Alpaka Records prend la suite de Music we Like to Dance to, mais avec l’impression d’une rupture ; d’une volonté de ne plus rendre hommage – à la pulsation, à la danse, à la musique qui aura bercé une enfance-, mais d’évoluer sans entrave dans une esthétique qu’on malaxe jusqu’à l’émulsion de la nouveauté. C’est le sujet de « When Shadow Speak » avec le travail toujours très précieux de Sławek Koryzno aux percussions, qui sait à la fois jouer d’une batterie très volubile et laisser beaucoup de place à un axe central et mélodique qui place le quintet dans une nouvelle dynamique.
Cet axe, c’est celui qui lie le trompettiste Emil Miszk au violon de Tomasz Chyła. Le trompettiste est partout, indiquant souvent la température des morceaux, jugulant les envies d’Hadrych de renverser la table ; mais Chyła est à la fois l’explosion et le détonateur. S’il y a dans son violon électrique des réminiscences du Mahavishnu Orchestra, son approche de la guitare, son opposition frontale parfois offre quelque chose de résolument nouveau. Les éclats de Metal de « Evil in Broad Delight » en témoigne, sans pour autant qu’il s’agisse d’une posture. Hadrych et Koryzno construisent un riff éclatant et irréfragable, et Chyła joue avec comme s’il s’agissait d’une pierre qui roule sur le chemin ; un chemin caniculaire conçu avec la trompette de Miszk qui joue à merveille la surenchère, à cheval entre le riff initial et les libertés du violoniste.
Avec quelques instants plus abstraits, laissant libre cours aux sons électriques comme « Stoner », blues huileux et irrespirable, on retrouve dans le Tomasz Chyła Quintet des fragrances zappaïennes qui sont la marque intrinsèque du trompettiste. C’est sans doute à la fois cette distance qui permet à l’orchestre autant de modernité, mais aussi ce qui garantit une fraîcheur et une énergie qui caractérise cet orchestre du nord de la Pologne. It’s Not a Fake, It’s a Replica : et elle a plus de valeur que l’original.
