Chronique

Tomaž Grom

KO BO

Tomaž Grom (b, fx, elec)

Label / Distribution : Sploh

Cette pièce est, nous dit-on, à écouter dans le noir le plus complet. Au casque. Comme toutes les œuvres de création sonore, mettant en jeu du field recording, des overdubs et des instruments live, l’exercice demande surtout une écoute profonde et entière, au calme et entièrement dédié à cette activité. Le contrebassiste slovène Tomaž Grom, habitué aux échanges avec son compatriote Zlatko Kaučič, nous livre ici une œuvre très intime, liée à un travail de deuil. Il y a de la douleur, des regrets et du silence dans les différents sons qui accompagnent notre voyage sonore : des sirènes qui retentissent accompagnés de jeu d’archet, des rythmiques qui naissent de sonneries d’ambulance et des soudaines colères désespérées qui bondissent sur les cordes et le bois de la contrebasse ou d’objets alentour. Sans mots, on comprend. On est saisi par l’empathie et l’imagination se fraye un chemin entre les sons bruts, agressifs parfois, déchirés souvent ou sous une pluie d’archets multipliés comme un lent désespoir.

Ce qui est fort, dans cette œuvre inspirée par la musique concrète, c’est d’arriver à transcrire en sons la marche et les étapes du deuil, et cette capacité qu’a tout être à faire le dos rond sous l’orage. À ne pas se remettre mais à continuer, à toucher le fond mais remonter dans les eaux glaciales de l’après. L’impermanence des souvenirs est le carburant de cette pièce touchante qui aurait toute sa place dans le festival Sound (Dis)obedience de Ljubljana, dont Tomaž est l’infatigable curateur.

par Franpi Barriaux // Publié le 8 mars 2026
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