Zlakto Kaučič @ 70
Inklings
Zlatko Kaučič (perc), Tomaž Grom (b), Axel Dörner (tp), Agustí Fernández (p), Barry Guy (b), Torben Snekkestad (as), Rodrigo Amado (ts)
Label / Distribution : Fundacja Słuchaj
Les musiciens du jazz et des musiques improvisées ont en commun avec les marchands de meubles et d’électroménager qu’ils sont les seuls au monde à faire des cadeaux pour leur anniversaire. Zlatko Kaučič a 72 ans. À l’occasion de ses 70 ans, le percussionniste slovène nous a offert, par l’entremise du label polonais Fundacja Słuchaj un roboratif quadruple album avec des proches, sorte de carte de visite sonore d’un musicien qui, de Disorder at The Border à Joëlle Léandre, a une histoire riche et particulière avec les différentes incarnations de la free music. Quatre concerts enregistrés de 2019 à 2023, dans cette Slovénie si riche pour les musiques désobéissantes : on ne sera pas surpris, dès lors, de retrouver dans l’un des disques et sur une plage unique le contrebassiste Tomaž Grom, par ailleurs organisateur du festival Sound Disobedience. Avec le trompettiste Axel Dörner, ils forment un trio où Kaučič fait parler des sons mats et des tambours puissants pendant que la contrebasse préparée tisse le lien avec une trompette toujours proche de la rupture.
On comprend, à l’écoute de ces concerts, tout le travail de spatialisation de Kaučič, et son amour de l’échange, de la construction commune. Plus loin, avec Agustí Fernández, devenu lui aussi septuagénaire, et la basse de Barry Guy, on mesure une complicité née dans l’euphorie catalane post-franquiste de Barcelone. Piano et batterie fouaillent dans le même registre, celui du détail tachiste et de l’insinuation urgente, où les cliquetis de métal se confondent avec les tintements d’une main droite agile. Il y a tellement de complicité et de connaissance mutuelle entre Kaučič et Fernández que l’on serait tenté de dire que ce trio est le plus impressionnant de cette petite collection anniversaire. « Can Ram », et son rapport très sensuel et profond au silence avant le jeu plus ample du pianiste, est l’exemple même d’une expérience intense qui s’écrit sur du sable.
Il ne faudra pas néanmoins négliger les deux disques restants, qui placent Zlatko Kaučič en face de deux saxophonistes pour des duos d’intensités diverses. Si le duo avec le saxophone alto de Torben Snekkestad est dans la droite ligne d’une franche improvisation européenne où le son est ciselé, Kaučič faisant notamment rouler des objets sur la caisse claire, le duo franchement free imaginé avec Rodrigo Amado au ténor en quatre actes nommés « Free Fall », tout en urgence et en rapport de force, est certainement le joyau d’un très bel objet.

