Tripes
Tendresse
Marco Quaresimin (b, voc), Julien Chamla (d, voc), Julien Pontvianne (cl)
Label / Distribution : Coax Records

Tout commence dans Tripes avec une lente progression bruitiste où la basse de Marco Quaresimin, devenu Quares, gifle la stridence de l’anche d’une clarinette de Julien Pontvianne pour occuper l’espace, le remplir, le surcharger. Pour laisser la place éventuelle au silence, hypothétique, ajouré, sculpté et travaillé par la batterie de Julien Chamla, architecte de cet orchestre redevenu trio. Nous les avions en effet laissés avec Descendre, Inventrer en 2019 et une cohorte d’invités ; pour ce nouveau Tendresse, alors que Tripes expérimente depuis plus de dix ans, on revient à l’essentiel entre noise, persistance sonore et regards jamais éloignés de la musique contemporaine. C’est notamment le sujet avec les deux morceaux « Vers l’enfer consenti » et « Sulle Labra », où l’on note la spatialisation et le placement des protagonistes, et le travail de Pontvianne sur les drones, que l’on avait découvert avec Watt.
« Vers l’enfer consenti » est une rupture après le chaos du morceau inaugural. Les voix lointaines, fantomatiques suggèrent des limbes que la pulsation de Chamla guide comme Charon sur le Styx. Loin d’un bruitisme que l’on sent pourtant omniprésent et à fleur de peau, prêt à revenir dès que basse et clarinette auront repris la main, on navigue dans ce titre comme dans une sorte d’oratorio canaille et déconcertant qui monte en pression jusque dans « Comment vas-tu » où le cœur s’accélère, comme saisi par une électricité puissante et intermittente. Le propos est riche et « Sulle Labra » le perpétue, toujours avec ce sentiment de chœur fantomatique et inquiétant auquel « Sarà Grido » mettra fin, signant le retour d’un environnement saturé et contrasté à l’extrême, comme hérissé de métal.
Publié par COAX, Tendresse s’inscrit dans un travail collectif qui prend ses racines dans la radicalité de labels comme BeCoq, Nunc., ou Carton. Depuis des années, en marge de la vague des Power Trio électriques, s’est développée une musique inclassable au fatras très raffiné, dans laquelle ces trois musiciens s’ébattent avec beaucoup d’aisance et une créativité qui trouve avec ce disque un aboutissement bienvenu.


