Chronique

Wajdi Riahi Trio

Zabonprés Sessions

Wajdi Riahi (p), Basile Rahola (b), Pierre Hurty (d)

Label / Distribution : Flak Records

Membre de l’Adèle Viret Quartet et repéré aux côtés de Stéphane Galland ou encore Pierre-Antoine Savoyat, le pianiste Wadji Riahi est de ces musiciens qui font plaisir à retrouver dans des projets tout simples, comme ici en trio. Si Riahi est clairement l’un des fers de lance de la jeune génération bruxelloise, c’est en partie pour le toucher magnifique qu’il démontre au piano sur « Leila Fatima », main droite très libre et sens aiguisé du rythme. Sa relation télépathique avec le batteur Pierre Hurty, lui aussi omniprésent outre-Quiévrain, n’y est pas étrangère : le travail du batteur pour relancer et ponctuer, pour jouer essentiellement des peaux sans esbroufe inutile quand Riahi va chercher la fluidité au milieu des lignes brisées est essentielle.

Essentielle aussi est le calme très rond de la contrebasse de Basile Rahola sur « Adèle ». Au milieu de cette ballade, ce sont les pizzicati très mélodiques qui guident le trio vers une lumière que le piano tamise. Une vision assez douce d’une narration typiquement pensée pour le plus classique des trios ; il n’est pas question de révolution, pas plus qu’elle n’était le sujet de Essia, un album paru en 2024, qui interrogeait davantage les racines tunisiennes du pianiste. La joliesse et la démonstration ne sont pas davantage mises en avant. Il s’agit d’une musique assez impressionniste, ce que confirme « Mhamdeya », encore basé sur la discussion libre entre Riahi et Rahola où la mélodie est au cœur du débat.

Zabonprés Sessions est une sorte d’illustration de la joie de jouer ensemble, dans un recoin boisé de l’Ardenne Belge où seule la musique compte. Ce n’est pas la première fois qu’un disque de jazz de la jeune génération belge enregistre là bas, et on y déniche quelques atomes en commun, à commencer par une discussion marquée par l’environnement alentour, fluide comme l’eau claire dans laquelle le trio se baigne sur la pochette. Wadji Riahi est un musicien qui trace son chemin avec un jeu chaleureux et créatif, même dans le plus balisé des exercices, d’abord parce que c’est l’envie qui domine.

par Franpi Barriaux // Publié le 31 mai 2026
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