Scènes

Carte blanche à Pierre Durand sur la péniche l’Improviste (6)

Pour l’ultime étape du magnifique voyage que fut cette résidence sur l’Improviste, Pierre Durand convoque de nouveau son Roots Quartet pour une création autour de musiques de films américains ou produits par des américains.


Pour l’ultime étape du magnifique voyage que fut cette résidence sur l’Improviste, Pierre Durand convoque de nouveau son Roots Quartet pour une création autour de musiques de films américains ou produits par des Américains.

Ce n’est pas la première fois qu’il s’agit de cinéma. Pour le premier volet de sa carte blanche le guitariste (et son invité Richard Bonnet) posaient déjà leur musique sur les images de Steamboat Willy Jr, de Buster Keaton. D’une manière générale, en six volets et autant de retrouvailles, la cinématique du jeu de Pierre Durand s’est imposée à nous. En solo, il organise ses notes comme un metteur en scène dirige ses comédiens. Entouré de musiciens avec lesquels il évolue plus ou moins régulièrement, il agence sa musique et construit ses sets en parfait dramaturge. Pour la première fois, il interprète ici des compositions qui ne sont ni de lui ni de ses invités, son travail étant basé sur l’appropriation par le quartet, via des arrangements absolument magnifiques, de musiques signées par Lalo Schiffrin, Walter Schumann, John Rubinstein, Tim McIntyre, Michael Small ou encore John Williams.


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Roots Quartet par Christian Taillemite

Comme lors du volet précédent, les musiciens brillent par la diversité de leurs propositions, la qualité de leurs propos respectifs et surtout par l’effort fourni pour faire sonner le groupe. Les musiques pour images choisies apportent, au-delà de la beauté de leur mélodie, matière à développer de longues et belles improvisations puisque le cœur des compositions, leurs mouvements harmoniques, sont initialement faites pour mettre en valeur les mouvements et émotions du film, pour apporter de la grandeur, de la tension, de l’apaisement. Et c’est en juxtaposant cette écriture nécessairement mouvante et leur expressivité que Pierre Durand, Hugues Mayot, Guido Zorn et Joe Quitzke parviennent à nous transporter, à nous faire découvrir ou redécouvrir ces belles pièces sur lesquelles on se promet de se pencher à nouveau, pourquoi pas en regardant Dirty Harry, Jeremiah Johnson ou La nuit du chasseur. Pierre Durand nous y incite, en donnant entre les morceaux quelques explications sur l’histoire du film et les personnages afin de cerner l’importance de la musique au sein de l’œuvre.


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Pierre Durand par Christian Taillemite

Le temps d’un set et demi (le concert a, comme de coutume, commencé par une vingtaine de minutes en solo), on se retrouve à partager l’une des passions du guitariste, le cinéma, à travers de brefs discours et de longues aventures musicales. Et n’est-ce pas, finalement, ce qui s’est passé tout au long de cette résidence ? Pierre Durand a su partager avec nous, et avec ses invités, le fruit de sa curiosité et de ses influences. Le cinéma, le groove, les standards, les influences d’ailleurs, ses compositions, ses improvisations, ses héros. Ce dernier concert, remarquable, conclut en apothéose la résidence organisée à l’occasion de la sortie de Chapter One, NOLA Improvisations. Pierre Durand avait pour ambition de présenter au fil de ces rendez-vous, les différentes facettes de sa musique. Il y est parvenu, et nous a montré bien d’autres choses encore, nous laissant rêveurs quand à la teneur des chapitres à venir.