Citizen
Édition du 8 février 2012 // Citizenjazz.com / ISSN 2102-5487
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Original pimpant

Emile Parisien Quartet

Émile Parisien (s.s.), Julien Touéry (p.), Yvan Gélugne (cb.), Sylvain Darrifourcq (batt., perc.)

Atmosphère envoûtante

La pochette : le titre pourrait être une sorte d’oxymoron auquel s’ajouterait le dessin d’une affreuse bestiole évoquant le porc-épic, petit rongeur qui possède les plus grands piquants ; au verso, les titres des cinq morceaux (compositions collectives sauf « Le Bel à l’agonie » [1]) ne rassurent pas non plus ; lecture sépulcrale. D’où cette interrogation sur « pimpant » (impression de fraîcheur et d’élégance). Quant à « Original », pas de doute sur la musique quand on se souvient du premier CD du quartet, Au revoir porc-épic (tiens !, déjà).

La musique : à défaut d’être totalement convaincante, reconnaissons qu’elle est interprétée par des musiciens convaincus allant jusqu’au bout de leur démarche radicale, sans concessions ni joliesse, fioritures, ornements et autres dentelles, sans chercher à « faire plaisir » à tout prix, peut-être même conscients et heureux du trouble, du malaise que cela peut provoquer, rejoignant ainsi l’esprit de certains compositeurs du siècle passé (les dernières œuvres de Scriabine, Schoenberg, puis ceux de « l’école spectrale » ou de la « musique liminale », au seuil du perceptible).

Sans aller jusqu’à qualifier cette musique hard, ardente et ardue - qui se mérite et possède des vertus indéniables (compositions-exécution) - de diabolique, voire de démoniaque, il y a là comme un parfum de sortilège où le jazz (tout du moins son esprit) est présent dans sa face cachée. Donc, une musique pour ceux qu’attire le mystère (au sens non religieux du terme) avec ses vénéneuses ou venimeuses beautés.


1/ Sanchator de Profundus.
2/ Darwin à la montagne.
3/ Requiem Titanium.
4/ Le Bel à l’agonie.
5/ Sopalynx

CD accompagné d’un DVD incluant la captation d’un concert à Radio France et un documentaire sur le quartet.

[1] d’après le prélude du Troisième acte de l’opéra Tristan et Ysolde de Richard Wagner

par Jacques Chesnel // Publié le 2 juin 2009