Scènes

Improvisations intercontemporaines au Triton

Improvisateurs confirmés « meet » Ensemble Intercontemporain


Premier épisode d’une série de rencontres entre improvisateurs confirmés issus de la scène jazz et de l’Ensemble Intercontemporain, ce concert du 20 novembre 2008 promet de belles rencontres pour l’avenir.




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Frédéric Stochl © F. Journo

Né du désir de mettre en présence les mondes de la musique contemporaine et de l’improvisation, univers proches même s’ils ne sont pas institutionnellement mêlés, ce concert inaugurait au Triton ce jeudi 20 novembre 2008 une série de performances sur le même mode : trois membres de l’Ensemble Intercontemporain dialoguant avec trois musiciens issus du jazz européen et de la musique improvisée ; six artistes pratiquant l’improvisation et dotés d’une solide connaissance du répertoire contemporain menant un conciliabule à six voix. Ce jour : Vincent Courtois au violoncelle, François Merville à la batterie, Guillaume Roy à l’alto, Frédéric Stochl à la contrebasse, Alain Billard à la clarinette et à la clarinette basse et Arnaud Boukhitine au tuba. Si l’applaudimètre est bon, apprend-on, l’expérience se renouvellera ; ce qui laisse présager d’autres réunions de ce type tant le public semble réceptif aux qualités des interprètes ainsi qu’à l’humour tout spirituel avec lequel ils portent leur musique.


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V. Courtois © F. Journo

Des deux sets, c’est le premier qui répond le plus nettement à l’idée qu’on se fait de la musique contemporaine : volontiers heurtée, dissonante parfois, plus dodécaphonique que bebop. Les musiciens prennent leurs marques, assimilent leurs langages respectifs, même s’ils préfèrent, pour l’entrée en matière, un court moment de chaos réfléchi. Puis la musique s’apaise et les officiants jouent de façon mesurée, s’écoutent, se complètent. Quand Stochl transforme sa contrebasse en percussion, Merville fait taire sa batterie et Billard tresse par-dessus de petits motifs répétitifs à la clarinette. Parfois, et ce sont les moments les plus réussis, très proches de ce que peut faire un La Monte Young, les musiciens jouent tous ensemble, superposent les timbres de leurs instruments en strates et s’essaient à de minuscules variations tonales ou rythmiques : manière de susciter l’écoute face à l’unité du jeu collectif, à leur capacité de parler d’une seule voix. A d’autres moments, quand ils savent enfin vers où se diriger, le jeu collectif se déploie sans filet : des petits groupes se forment à l’intérieur du sextette mais toujours de manière à ce que se brouillent les frontières entre les pratiques de ces musiciens venus d’horizons différents.


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G. Roy © F. Journo

Le second set développe chez eux d’autres qualités, en privilégiant une harmonie mise en tension plutôt qu’évacuée. Les six instrumentistes donnent à entendre de véritables composition en temps réel où l’écriture semble s’organiser presque immédiatement : ils retrouvent alors des couleurs orchestrales qu’ils vont chercher dans la musique du XXè siècle, du côté de Ravel et Stravinski, et ponctuent l’ensemble de moments (courts, un peu rares) généreusement bops où tous se rangent sous la houlette de François Merville, qui mène la petite troupe, donne la mesure, émet des signaux qui sont autant d’indications de jeu. Caractéristique de son humour, au rappel, le sextette se lance dans un morceau très court que le batteur porte à coups de roulements saccadés de balais sur sa caisse claire, avant un coup de tom qui clôt le tout. Ce qui a beaucoup amusé la salle. Deux autres rappels suivront, et le batteur aura recours au même procédé, avec pour effet, là encore, de déclencher les rires. Belle manière de dire qu’improviser, c’est toujours créer la surprise, quand bien même on répéterait les mêmes gestes. Toujours exigeante, la musique donnée à entendre ce jeudi s’est ainsi jouée avec le concours complice d’un public acquis à la pratique originale d’un collectif inventif.

F. Merville © F. Journo