Chronique

Marc Ducret & Journal Intime

Paysage, avec bruits

Marc Ducret (g), Sylvain Bardiau (tp), Matthias Mahler (tb), Frédéric Gastard (bs)

Label / Distribution : Abalone

Fruit d’une longue collaboration qui, en pointillés, remonte à 2008 (deux des membres de Journal Intime, Matthias Mahler et Frédéric Gastard, jouent sur le Tower, Vol.1 et le Tower-Bridge de Marc Ducret, invité en retour sur Extension des feux du trio auquel s’ajoute Sylvain Bardiau), cette formation actuelle a tout de l’évidence : les quatre longues pièces composées par le guitariste profitent pleinement de ces expériences et de la complicité nouée au fil du temps.

Fonctionnant autour de quatre individualités qui ne forment qu’une seule entité, cette cellule, sous contrainte mais aux cadres suffisamment ouverts, s’articule toutefois autour d’un trio équilibré mais compact complété par le coffrage d’une guitare qui double de ses attaques les éclats métalliques des soufflants. Centrées autour de ce foyer rutilant, les voix jaillissent en permanence, solitaires ou en duo, sortant d’un brasier dans lequel elles retournent irrémédiablement dans une anamorphose sonore qui déroule néanmoins une feuille de route clairement définie.

Sur de solides soubassements rythmiques, cette dernière déplie des compositions rigoureuses aux couleurs sèches et percutantes et recèle une diversité de régimes opératoires qui mettent en valeurs les capacités et la puissance de cette mécanique. La plume de Ducret montre beaucoup de finesse dans les arrangements pour imposer une alternance de moments tendus ou immobiles comme autant de surfaces sur lesquelles évoluent les musiciens.

Si les parties puissantes d’”Un vent violent” avancent sans euphorie mais avec une vraie obstination vers un tableau monochromique et mat, dans les périodes plus statiques rien n’est réellement figé. Sur “La Renarde” notamment, elles précèdent et annoncent des moments d’ébullition par des liserés ou pépiements de fer tandis que dans “Kumiho” (récemment entendu sur Métatonal), les sons se mélangent et plongent dans l’anonymat celui qui les produit ; les arrêts soudains mettant du suspens dans le dense tissu sonore.

Chaque état engendre, en effet, celui qui lui succède et passée la croisée des chemins les plus tumultueux ou hiératiques, une lente résolution, comme sur le lyrique « Presque une île », vient clôturer des pièces toujours formellement abouties.