Scènes

Matthieu Donarier Trio au Pannonica

14 janvier 2009, Nantes. Matthieu Donarier, Joe Quitzke et Manu Codjia proposent, toujours dans le cadre de l’enregistrement de leur album vivant, une musique exploratoire.


Dans un silence nourri et respectueux, alors même qu’une vingtaine de collégiens amenés là par un professeur aussi kamikaze que convaincu occupaient quelques tables alentour, le trio ouvre le bal dans un équilibre parfait. Sans oublier d’annoncer les thèmes choisis, Matthieu Donarier, Joe Quitzke et Manu Codjia proposent, toujours dans le cadre de l’enregistrement de leur album vivant, une musique exploratoire. La difficulté majeure consiste pour eux à s’étonner encore mutuellement. Au bout de dix ans de vie commune, il leur faut – surtout pour graver dans le marbre numérique ce témoignage - toute la malice et l’amour renouvelé de leurs échanges. Eviter la routine, refuser la facilité d’un « plan » éculé, surprendre sans dérouter. Sans quoi, même si l’auditeur n’y entend que du feu, la magie n’opère pas, ou mal.

Face à cette gageure le trio enlève les thèmes, les uns après les autres, sur une pulsation soutenue, la trame du blues étant omniprésente. Quitzke est un train en marche, imperturbable et coloré - le train de Prévert sortant de l’école. Codjia n’a pas son pareil pour nous faire voir avec les oreilles. Il invente sur sa guitare des sons et des ambiances comme un prestidigitateur sortirait des foulards bigarrés et des ramiers roucoulants. Quant à Donarier, alternant saxophones ténor et soprano, il retourne en tous sens les mélodies, compositions personnelles ou empruntées (Brassens, Satie…).


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Matthieu Donarier Trio. Photo : Christophe Alary (D.R.)

Le passage de relais entre les trois musiciens, efficace, vient corroborer leurs explications sur l’absence de basse (cf. interview). Au fil du concert, c’est à une lente exploration de tous les timbres et toutes les tessitures possibles que nous convie le trio. A posteriori, quand on se remémore les trois garçons timides qui ont raflé la mise au Concours de Jazz de La Défense, en 1999, avec leurs propositions modernes et assurées, on se se réjouit qu’ils aient conservé toute leur fraîcheur, qu’ils soient restés ces trois farfadets fracassant des mélodies enchevêtrées.

Qu’adviendra-t-il des enregistrements de cette soirée ? Mystère pour l’instant. Seuls pourront le dire les musiciens, ainsi que Boris Darley, leur ingénieur du son.