Le jazz a sa tribune.

Edition du 2 avril 2020 // Citizenjazz.com / ISSN 2102-5487

Les dépêches

À Vaulx Jazz 2011

Compliqué de résumer un festival de jazz qui, depuis 24 ans, ne cesse de tenter avec plus ou moins de bonheur de se démultiplier dans diverses directions. En tout cas, A Vaulx Jazz 2011 démarre véritablement jeudi 17 mars et les poursuivra jusqu’au 25. A y bien regarder, il y a 24 bonnes raisons d’assister à l’ensemble du festival et à ses à-côtés (cinéma, apéros, défilés, after…).

Au menu, quelques soirées alléchantes : Sangoma Everett, drummer au si long palmarès (il était déjà là avec Barney Willem à la première édition) ouvre le bal escorté d’une pléiade de fameux musiciens pour entamer une « Oriental Caravan », création mêlant le chant d’Anne Ducros, la danse de Papson et de superbes pointures du jazz et assimilés (Laurent De Wilde, Jacques Schwarz-Bart, Majid Bekkas, Reggie Johnson et Abdelfettah El Houssaini). Peu avant, Louis Sclavis, autre fidèle du festival et kamikaze de l’authenticité, aura mené un duel poétique (« Langue et Lueurs ») mêlant ses sonorités exacerbées à la musicalité si particulière de poèmes dits par Jean-Paul Delore. Le musicien n’en est pas ici à son coup d’essai : on se souvient, il y a quelques d’années, d’une incursion dans les locaux datés du CCE de Renault Trucks en compagnie de Vincent Courtois où il avait expérimenté, à ses dépens, la transplantation de l’art à l’usine.

Autre rencontre, axée cette fois sur la musique classique, qui verra Enrico Rava en quintet aux côtés du quatuor Debussy (violons et violoncelle) pour revisiter à sa façon l’art lyrique, mêler thèmes arrangés et grands airs du répertoire. Le même soir, UKanDanz, composé de figures jazzy familières guère éloignées des collectifs imuZZic ou Grolektif et escorté d’un chanteur éthiopien (Asnaqé Guébréyès) et des trente choristes de la Maîtrise de la Loire auront également déployé une création a priori séduisante. Enfin, une autre soirée proposera deux visions venues d’ailleurs : lors de la soirée « Guitares » (24 mars), Paolo Angeli, seul en scène, aura fondu dans un étrange instrument à cordes « self-made », plusieurs héritages musicaux. Plus roboratif, Bill Frisell, qui a joué à côté des plus grands (Liberation Music Orchestra, John Zorn), emmènera un joli quatuor de cordes (contrebasse, mandoline, violon, guitare) pour sublimer des portraits photos d’Américains moyens, pris dans les années 30, sur fond de country. Une autre façon de plonger dans les racines de son pays et d’en restituer (pedal steel au rendez-vous) certains des accents les plus originaux. Toutefois, et plus d’un en a fait l’expérience avant lui, il n’est jamais simple de marier musique et art graphique ou pictural (photos, peintures, cinémas ou sculptures), les correspondances entre l’une et l’autre ne s’établissant pas automatiquement.

Mais A Vaulx Jazz comportera aussi sa ration de rendez-vous plus volontiers labellisés jazz : ainsi Philip Catherine, guitariste éclairé, présent en trio et en compagnie d’Enrico Pieranunzi (le 22 mars). Le Britannique partagera l’affiche avec le sax américain surdoué Tony Malaby, en quartet. Ainsi encore, cette soirée multifacettes (le 16 mars) consacrée à Uri Caine qui revient en quartet en compagnie de Nguyen Lê, de Reggie Washington (cb) et de Cornell Rochester (dr). Auparavant, Bigre !, mahousse formation issue du Grolektif, sera sur scène avec N’Relax, le temps d’une création que l’on doit à Félicien Bouchot et Romain Dugelay.

C’est tout ? Non. Le final de cette 24ème édition se déroulera (le 26 mars) sur fonds de Moutin Réunion : les deux frères seront cette fois escorté de Rick Margitza, qui pratique un sax précis, disert et rassurant. Pierre De Bethmann les rejoindra au piano. Enfin, place à Ron Carter, ex-contrebassiste d’innombrables leaders et d’albums. Il revient ici sur l’art du trio (avec Russell Malone à la guitare et Mulgrew Miller au piano) le temps d’un set qui ne pourra que marquer les esprits.

Est-il besoin d’ajouter qu’A Vaulx Jazz comportera aussi des rendez-vous rock (le 19) où The Chap balanceront en gros avant que ne réapparaisse l’étonnant et toujours tonique James Chance, vieille jeune figure de la scène rock, qui débarque accompagné des Contorsions (made in France tient-on à préciser). Comme pour la soirée Blues (fixée au 25 mars), pas d’inquiétude à avoir pour la jauge de la salle Charlie Chaplin : cette fois sont convoqués pour deux sets énergiques, la chanteuse Shakura S’Aida – belle voix, beau répertoire – et le vénérable Roy Gaines, passé par beaucoup de vedettes de la scène blues américaine avant de se lancer seul. Le même soir, enfin, Melissa Laveaux est attendue à l’Iris de Francheville, devenu pour un soir succursale d’A Vaulx Jazz.