Chronique

Armaroli-Schiaffini 6tet

Monkian Florilegio

Sergio Armaroli (vib), Giancarlo Schiaffini (tb), Giulia Cianca (voc), Emanuele Parrini (vln), Giovanni Maier (b), Urban Kušar (dms)

Label / Distribution : Dodicilune

Le travail opiniâtre du vibraphoniste Sergio Armaroli et Giancarlo Schiaffini autour de Thelonious Monk a quelque chose d’incroyablement cohérent. Voici cinq ans, croit-on, que le duo étudie et déconstruit la parole monkienne ; c’est en réalité un peu plus que cela. C’est peut-être même l’histoire d’une carrière. Avec Monkian Florilegio, en sextet désormais, les Italiens rajoutent deux lames supplémentaires à leur précédent Monkish. Et ce n’est pas seulement arithmétique, on le constate à peine a débuté « Round About Midnight » sur le clavier d’Armaroli avec les nappes heurtées de Schiaffini et l’archet de Giovanni Maier, puisqu’on découvre le timbre tannique de la voix de la jeune Romaine Giulia Cianca qui transfigure le propos du tromboniste et du vibraphone. Plus abstrait, diablement profond… Quelque chose qui vient interroger les chemins contemporains empruntés par ailleurs par les deux leaders.

Le trombone de Schiaffini est doué d’une entropie qui lui est propre. La coulisse fouille l’étrange, bien aidée en cela par le violon d’Emanuele Parrini, habitué au travail avec Maier. Avec « Ruby My Dear », c’est celui-ci qui introduit l’abstraction dont trombone et vibraphone se délectent, la voix de Cianca tenant une ligne puissante que le batteur slovène Urban Kušar souligne. Il y a un plaisir évident pour le sextet à s’approprier ce répertoire, dont la déconstruction n’est pas l’unique visage. Ainsi, : « Darn That Dream » commence sur la sage walking bass de Maier à qui répondent le violon de Parrini et la voix de Cianca avant de laisser place au travail plus complexe d’Armaroli, tel un objectif qui se décentre progressivement jusqu’à « Ugly Beauty » le sommet de cet album.

C’est avec « Monkian Florilegio #2 » que le sextet révèle de la manière la plus claire son désir contemporain avec la musique de Monk comme matériau. Une œuvre plus complexe, volontiers théâtrale dans la voix de Giulia Cianca qui capte toute la lumière que lui offre le vibraphone. Hommage intense et en rupture, le morceau est la chimie pure de ce Monkian Florilegio proposé comme à l’accoutumée sur le label Dodicilune. Une matière qui clôt sans doute une trilogie monkienne pour Schiaffini et Armaroli, portée au sommet de sa propre transcendance.