Ávéd, Weber, Six
The Transcendent Triptych
János Ávéd (ts), David Six (cla), Tilo Weber (d)
Label / Distribution : BMC Records
La transcendance est un concept complexe de philosophie qui trouve dans l’expression artistique une forme d’incarnation. De réalisation, à défaut de réalité. Avec The Transcendent Triptych, le saxophoniste hongrois János Ávéd décide d’explorer la question en ajoutant un indice supplémentaire : le triptyque du titre laisse la trace d’une mystique chrétienne suggérée, qui puise à la fois dans les tableaux religieux médiévaux identifiables aux retables, mais aussi à la trinité qui nourrit les compositeurs, de Bach à Pärt. Avec ses compagnons David Six aux claviers (piano et clavecin) et le batteur Tilo Weber, c’est cette transcendance-là, née d’un silence originel et d’une douce caresse de l’harmonie, qui est le moteur de cet album. « Pastel », au velours surpiqué par le clavecin, en est la forme la plus pure : le ténor est caressant, presque déréalisé dans sa présence séraphine et les percussions de Weber cherchent le frottement au lieu de la pulsation. L’atmosphère est captivante.
On n’est pas surpris de retrouver Weber dans un tel projet où le divin est une matrice à défaut d’être un sujet. On se souvient de ses Five Fauns, et ce nouveau projet a une couleur proche, même si l’approche est plus abstraite. Plus transcendante. On en a l’illustration avec le très beau « Visszhang » où le très atmosphérique David Six propose une fusion assez intime des timbres avec le percussionniste, qui envisage chaque geste comme un faisceau de conséquences. Et si la transcendance, finalement, c’était cette improvisation sensible, aux franges du silence ?
Paru sur le label Budapest Music Center, The Transcendent Triptych est à ce jour le projet le plus abouti de János Ávéd qui s’offre au cœur de cette transcendance quelques racines d’Europe Centrale, comme cette magnifique « Pastorale » qui rappelle que la danse, fût-elle faite de gestes minimalistes, est l’une des routes escarpées les plus sûres vers la transcendance. Trois ans après son très beau Whispering Quiets Secrets Into Hairy Ears en duo avec Gabor Gadó, The Transcendent Triptych prend cette même direction, un morceau comme « Transfiguration (μεταμόρφωση) » évoquant les fêtes lointaines de Federico Mompou pour leur beauté fragile et lointaine, faite d’un minimalisme dénué de rigorisme.
