Scènes

Bertrand Renaudin Trio à Charleville-Mézières

Qu’il soit en quartet, quintet, trio, duo ou moyenne formation, et même en batterie solo, Bertrand Renaudin décline toujours un univers qui lui est propre.


Qu’il soit en quartet, quintet, trio, duo ou moyenne formation, et même en batterie solo, Bertrand Renaudin décline toujours un univers qui lui est propre.

Qu’il soit en quartet, quintet, trio, duo ou moyenne formation, et même en batterie solo, Bertrand Renaudin décline toujours un univers qui lui est propre. Ce fut encore le cas lors de ce concert en trio. S’agissant de la formule archétypale du trio piano/basse/batterie, on aurait pu s’attendre à ce qu’il rentre un peu plus dans le moule et fasse référence à quelque trio historique. Il n’en est rien. Nous avons eu droit à du pur Renaudin. Ceci grâce notamment à un remarquable travail de composition : un répertoire entièrement nouveau, écrit spécialement pour ce projet et donc pour les musiciens qui le défendent. Bien sûr, la couleur générale de ces compositions reste dans le même esprit : des mélodies très chantantes, qui s’impriment délicieusement dans le cortex, articulées autour du jeu incroyablement souple et structuré de la batterie, et favorisant l’« interplay » avec les autres instruments. Ces « chansons » que Bertrand Renaudin fredonne parfois en jouant constituent un texte que les trois compagnons respectent tout en le mettant fréquemment en question par leurs extrapolations. Et avec des musiciens de cette classe, ce texte s’enrichit grâce à la science et à l’imagination de ses interprètes, Michel Benita et Emil Spanyi.


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Bertrand Renaudin Photo Dominique Rieffel (D.R.)

De ce dernier, Bertrand nous confiera après le concert : « Emil, c’est un tout. Il possède une culture générale époustouflante, des connaissances très pointues dans des domaines aussi variés que l’aéronautique (il est par ailleurs pilote d’avion) la technologie, le TGV, l’informatique, l’histoire, la philosophie… Il se nourrit de toutes ses connaissances, mais également d’un vécu très douloureux sous le régime politique hongrois. Tout ce qu’il fait vient de très loin, et est étayé pas cette culture incroyable. De plus, il est très attentif, à l’écoute, et met sa sensibilité et son inventivité au service des compositions. »


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Michel Bénita Photo Dominique Rieffel (D.R.)

« Michel Benita, c’est autre chose. Ce que j’aime chez lui, c’est qu’il joue toujours comme si c’était la première fois. Il est également très attentif au jeu de ses partenaires et réinvente le texte à chaque moment. On peut avoir défini certaines balises pendant la balance, il les déjoue avec naturel et prend des initiatives réjouissantes. C’est la force de ce genre de musiciens, on n’a pas besoin de tout leur dire. De plus, il me semble qu’ils ont été touchés par ce répertoire écrit pour eux et qu’ils l’interprètent avec la profondeur que j’attendais… »

Bel hommage de la part du compositeur/leader. Le public a ressenti cette complicité et cette liberté, et lorsque Michel Benita s’est lancé sans prévenir dans un chorus imprévu en ouverture d’une composition, il a vécu cette réjouissante incartade avec le même sourire étonné que Bertrand Renaudin.

Pour beaucoup, la surprise vint d’Emil Spanyi, pianiste sous-estimé s’il en est, qui a subjugué l’auditoire pas son énergie et son inventivité.


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Emil Spanyi Photo Dominique Rieffel (D.R.)

Quant à Renaudin lui-même, son jeu de batterie est toujours aussi captivant, d’une cohérence rare. C’est un véritable langage, avec une respiration parfaitement adaptée aux compositions.

Laissons-le en parler :

« Le concert s’ouvre sur »Acuité« , un des morceaux les plus construits de ce répertoire, aux grilles harmoniques bien définies. Suit »Château-Rouge« (après avoir joué dans 27 pays africains, je suis rentré chez moi, à La Goutte d’Or, et j’ai retrouvé l’Afrique et toute son ouverture à Château-Rouge… ) »Tutto va bene« est une composition complexe, basée sur un cycle indien très long, qui nécessite une attention de tous les instants. »Timide enfance« est une composition en 11 temps écrite pour Emil, qui l’interprète avec beaucoup de sensibilité. »Contemplations« , comme son nom l’indique, est une composition contemplative, nourrie par la lecture des écrits d’Evagre Le Pontique, moine écrivain du IVème siècle. »L’Ouche fermée« , c’est une petite courette où il y a beaucoup d’arbres fruitiers. C’est aussi le nom de la maison de mes parents en Vendée. C’est une composition qui fait beaucoup appel à l’interaction entre les musiciens. Vinrent ensuite, joués en rappel »Congo Brazza« , morceau pour batterie solo évoquant un de mes premiers voyages en Afrique, il y a 20 ans, et »Essentiellement« , morceau qui clôt le concert un peu comme il a commencé, sur une composition plus rigoureuse, avec une grille harmonique plus écrite. »

Ces confidences, recueillies le lendemain du concert, peuvent donner un petit éclairage supplémentaire à une musique qui nous a apporté la chaleur qui manquait à cet hiver qui n’en finit pas. Une chaleur essentielle : celle du cœur.