Scènes

Didier Petit/Hélène Labarrière/Guillaume Roy

Trio + Un élan confirmé pour les cordes.


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Didier Petit © P. Audoux/Vues sur Scènes

Didier Petit (violoncelle et voix), qui figure parmi les musiciens français les plus créatifs et originaux du moment, donnait à la fin du mois de mars 2008 la première représentation de son tout nouveau Trio+ composé d’Hélène Labarrière (contrebasse) et Guillaume Roy (alto). Cette formation inédite était proposée dans le cadre de sa résidence nivernaise organisée par le Centre Régional du Jazz en Bourgogne. Nos improvisateurs ont tous joué deux par deux dans différents projets mais ne s’étaient jamais retrouvés tous ensemble confrontés à la formule classique du trio. Ces collaborations ont toujours été l’occasion pour chacun de démontrer la richesse musicale profonde offerte par son instrument et sa façon de concevoir l’improvisation comme un terrain de jeu où les règles sont respectées à la lettre [1]. La rencontre entre les trois solistes était donc inévitable, tant leurs sensibilités musicales sont proches.

Didier Petit choisit comme principale source d’inspiration l’immensité des palettes sonores offertes par les instruments à cordes, et développe un univers où les trois complices sont sur la même longueur d’onde tout en se complémentant. Le répertoire - qui fonctionne comme une sorte de plate-forme où chaque membre est libre d’apporter sa touche personnelle à l’écriture et l’interprétation - est constitué par les trois musiciens : il laisse donc libre cours aux improvisations simultanées. Les thèmes écrits, courts, leur permettent de se placer rapidement dans un contexte d’improvisation semi-guidée par les désirs de chacun.


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Hélène Labarrière © P. Audoux/Vues sur Scènes

Comme il l’a déjà démontré dans bien des projets (dont son tout récent quartet Wormholes, ses duos respectifs avec André Minvielle, Terje Isungset ou Lucia Recio), Didier Petit fait preuve d’une créativité débordante et les artifices sonores exploités par son jeu sont des plus imaginatifs. Chez lui les cordes sont frottées, pincées, frappées ou simplement claquées entre bois et archets rebondissants, et ses deux amis le rejoignent dans cette conception personnelle des musiques improvisées qui laisse ressurgir les résonances profondes de chaque instrument. Chacun est libre d’explorer son vocabulaire propre, le tout dans une cohérence, une osmose contrôlées et impressionnantes. Aussi à l’aise à l’archet qu’en pizzicati, Petit joue un rôle de modérateur entre le toucher délicat de Roy et les lignes de basse ronflantes de Labarrière ; en cela, il se rapproche du jeu - très expérimenté en la matière - d’un Claude Tchamitchian. La musique y est un moment de partage entre la rythmique à la fois intense et légère de la contrebassiste et le phrasé perçant de l’altiste, soutenu par les accents toniques et ls lignes chantantes de Didier Petit, qui crée à lui seul une tension parfaitement équilibrée. Le violoncelliste n’hésite d’ailleurs pas à renforcer çà et là les belles harmonies de son instrument par le son envoûtant de sa voix. Le résultat, qui mêle écriture rigoureuse et improvisations formelles révélant une écoute intense entre les trois solistes, est saisissant.


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Guillaume Roy © P. Audoux/Vues sur Scènes

La rencontre est aussi surprenante qu’exceptionnelle, et riche en événements musicaux dont on ne se lasse pas au fil des pièces. Le résultat - pertinent - devait exister. Si vous avez la chance d’assister à un des concerts du Trio +, ne laissez surtout pas passer l’occasion…

par Armel Bloch // Publié le 14 avril 2008

[1ensemble Dédales de Dominique Pifarély, nonet de Denis Colin, quartet de Sylvain Kassap