Disparition du festival Fort en Jazz

Communiqué :

JAZZ(s)RA, plateforme des acteurs du Jazz en Rhône-Alpes vient d’apprendre la décision de non-reconduction du Festival « Fort en Jazz » de Francheville pour 2015.

C’est un festival au service de l’intérêt général qui ne répond pas à une vision marchande et rentable de l’Art et de la Culture. Et c’est justement pour cette raison que l’intervention publique se justifie.

De nombreux membres de l’association, lieux de formation, festivals, producteurs et artistes sont très surpris par cette décision.

Jean MEREU, musicien de l’ARFI qui a participé à plusieurs éditions du festival nous a fait parvenir sa réaction que nous souhaitons faire partager largement au plus grand nombre : au public, à la presse, aux artistes, aux partenaires privés du « club Gilles PARDI » du festival, aux partenaires culturels et éducatifs, aux partenaires publics : Région Rhône-Alpes, Département du Rhône, Pôle métropolitain, Grand Lyon… afin d’ouvrir le débat sur la place publique.

Pour JAZZ(s)RA
75 adhérents Scènes & festivals, Artistes & Collectifs d’artistes, structures de formation, d’édition & production au service des musiques de Jazz en Rhône-Alpes

Le président - Jacques BONNARDEL


Formulaire & Communiqué consultables depuis le site de JAZZ(s)RA
Directement accessibles depuis ce lien


Chers amis,

Je viens de prendre connaissance de la décision du nouveau conseil municipal de Francheville de supprimer purement et simplement le Festival « Fort en Jazz ». Depuis ses débuts en 1990, j’en fus un acteur fervent et un spectateur assidu, et j’en ressens une immense impression d’incompréhension et de gâchis.

Oui, c’est un gâchis quand on considère son histoire que je veux rappeler succinctement ici.

Avec la transformation du Fort du Bruissin en centre d’arts, il se passait enfin quelque chose de fort et de cohérent dans un Ouest lyonnais soucieux avant tout de la quiétude individuelle de ses résidents. Francheville, avec la valorisation du magnifique capital historique et architectural de son fort militaire, entamait une aventure culturelle hors du commun. Le fort se transformait en résidence d’artistes plasticiens et musiciens, des ateliers de création s’implantaient dans la double exigence du travail personnel et de sa restitution publique.

C’est ainsi que naquit un « caveau jazz » accueillant musiciens et auditeurs dans une programmation foisonnante où l’on retrouvait la fine fleur du jazz régional. Instaurer une manifestation annuelle d’importance devint tout de suite une évidence. Le Festival naquit dans ce contexte fertile et « Fort en Jazz » s’imposa rapidement comme un évènement musical majeur de la scène du jazz français et international.

Oui, c’est un gâchis au regard des concerts de grande qualité qui furent programmés tant au Fort (abandonné pour des critères pratiques) que dans la salle de l’Iris ou ailleurs. Toutes les facettes du jazz y furent présentées : jazz manouche, swing, hard bop, jazz rock, world jazz, musiques improvisées… Contentons-nous de rappeler quelques noms : Michel Portal, Martial Solal, Henri Texier, Aldo Romano, Paolo Fresu, Omar Sosa, Christian Vander, Sixun, Richard Galliano, L’Orchestre National de Jazz, Louis Sclavis, Didier Lockwood, Jean-Luc Ponty, l’Arfi, Tania Maria, Erik Truffaz, Avishai Cohen, Ibrahim Maalouf, LaVelle, Billy Cobham, Tigran Hamasyan… jusqu’à Wayne Shorter lors de la récente édition à l’Auditorium de Lyon, en partenariat avec Jazz à Vienne. On pourrait encore citer des dizaines et des dizaines d’artistes qui ont fait et qui font toujours la richesse de cette musique intemporelle et universelle : « Fort en Jazz » peut s’enorgueillir de figurer parmi les très grands festivals européens.

Et puis voilà, d’un trait de plume (qu’on pourrait dire vengeur), on renvoie tout ça aux amnésies de l’histoire…

Quel gâchis ! Et ce n’est pas tout : récemment, en conjonction avec la dimension de centre d’exposition du Fort, et en partenariat avec Jazz à Vienne, des expositions remarquables y furent présentées : celle de Guy Le Querrec avec ses magnifiques portraits de Miles Davis et ses clichés pris sur le vif lors de concerts, dans les loges, mais aussi lors des tournées des musiciens… et puis encore, les très belles rétrospectives de Vincent Bessières (commissaire à la Cité de la Musique) sur Django Reinhardt et en juin dernier sur le label Blue Note centre névralgique de toute l’histoire contemporaine du jazz.

On pourrait penser (ô combien à tort !) que tout cela ne s’adressait qu’à un public de happy few, mais, j’ai vu, de mes yeux vu, tout le travail consacré au public franchevillois, en particulier les scolaires (ô combien d’enfants et d’éducateurs ! des milliers ?) qui furent une préoccupation prioritaire du service culturel. On les vit se précipiter et se régaler devant ces expositions, lors de concerts qui leur étaient spécialement dédiés.

On les vit aussi, chaque année, participer artistiquement au festival. Sous la conduite de musiciennes intervenantes de la ville, et au prix de mille efforts et attentions, que de concerts n’ont-ils montés (Le Roi démonté, Sing for Freedom avec l’Arfi, les Petits Loups du Jazz…) ?

Sans oublier le travail riche et régulier avec l’Ecole de Musique, avec le Big Band de Francheville. Non, ce festival n’était pas élitiste, n’en déplaise à certains qui ont l’argumentaire facile voire fallacieux… C’est méconnaître aussi, et un peu vite, ce que « Fort en Jazz » a apporté à Francheville en terme de renommée nationale !

Et quel gâchis, que de voir réduit à néant le partenariat avec le tissu économique et les nombreuses entreprises investies dans le mécénat du Festival !

Et quel gâchis, de mettre à bas toute une politique régionale de mise en réseau et de partenariat avec les autres festivals (Saint-Fons Jazz, A Vaulx Jazz, Jazz à Vienne…), avec les nouvelles instances territoriales (le Pôle Métropolitain), avec JAZZ(s)RA (qui permit de présenter de jeunes artistes émergents, dont les groupes lauréats du Tremplin et les orchestres de professionnalisation !)

Au regard de tout ce gâchis, vous comprendrez mon incompréhension totale devant cette décision que je ne peux attribuer qu’à la méconnaissance absurde, et sans doute à une idéologie brutale, de tous les faits et considérations que je viens de rappeler. Dans le monde que nous vivons, nous ne pouvons-nous passer de ce supplément d’âme qu’apportent les arts en général et la musique en particulier. A Francheville comme ailleurs.

Jean MEREU - Musicien