Chronique

Cherry, Tchicai, Schweizer, Francioli & Favre

Musical Monsters

Don Cherry (tp), John Tchicai (sax), Irène Schweizer (p), Léon Francioli (b), Pierre Favre (dms)

Label / Distribution : Intakt/Orkhestra

Musical Monsters n’usurpe pas son titre !

Vibrante de jeunesse et de vivacité, la musique captée lors d’un concert unique au festival de Willisau en 1980, voit enfin le jour discographiquement. Avec une maîtrise parfaite, une force et une énergie totalement débordantes, ces cinq monstres, Don Cherry, John Tchicai, Irène Schweizer, Léon Francioli et Pierre Favre s’engagent sur les chemins de la liberté. Encore une fois, cette liberté vient rappeler qu’elle n’était pas qu’un jeu ou qu’un style mais aussi une manière de dire, de penser la vie, d’être au monde !

Ce que l’on sait de cette histoire-là c’est que Niklaus Troxler, producteur éclairé de ce majestueux festival, initia la rencontre de John Tchicai et de Don Cherry avec trois excellents familiers des lieux : Irène Schweizer, Léon Francioli et Pierre Favre.

Certes les deux cuivres avaient déjà été invités à Willisau mais avec d’autres artistes et, en ce 30 août 1980, ils ne s’étaient plus rencontrés depuis un certain temps. Quant à la pianiste, ce sera son seul et unique concert avec le trompettiste. C’est elle qui, de nombreuses années plus tard, retrouve l’enregistrement et en fait un album pour le label Intakt.

Ce que l’on sait de ce jour-là c’est que les répétitions furent rapides, un vague fil conducteur sert de feuille de route à quatre compositions en guise de fil rouge, quatre thèmes qui devaient surgir au creux des solos et improvisations collectives : trois compositions de Tchicai (« Transportation Of Noodles » qu’il avait jouées avec Pierre Dorge, Real Kirsten et Pá Tirstag, écrites pour sa formation Cadencia Nova Danica) et une de Pierre Dørge (« Xongly » que Tchicai avait jouée avec Dørge en quartet avec NHOP et Billy Hart et que l’on peut entendre sur l’album Ballad Round The Left Corner).

Ce que l’on entend de ce soir-là c’est que le feu était présent, que la musique a bien déliré, qu’elle s’est faufilée à travers les mailles des filets et que le public d’alors se réjouit de ce jazz plein de vie et de fureur. Une quête de joie et de spontanéité, une approche singulière et collective et une franche gaieté qui font resurgir de très beaux moments et entraînent surtout dans les méandres d’un Don Cherry au top de sa musique !

Un enregistrement magistral qu’il fallait éditer. Merci !