Scènes

Duel d’improvisation - Jean-François Zygel et Thomas Enhco

L’affiche annonçait pourtant un duel d’improvisation entre Jean-François Zygel et Thomas Enhco. Les deux pianistes, qui n’avaient jamais joué ensemble, ont mimé l’étonnement lorsqu’ils sont entrés sur scène. Que font, en effet, deux pianistes lorsqu’ils ne disposent que d’un seul instrument ?


Sur la scène de l’amphithéâtre du lycée agricole de Montardon était planté, au beau milieu, un piano.

L’affiche annonçait pourtant un duel d’improvisation entre Jean-François Zygel et Thomas Enhco. Les deux pianistes, qui n’avaient jamais joué ensemble, ont mimé l’étonnement lorsqu’ils sont entrés sur scène. Que font, en effet, deux pianistes lorsqu’ils ne disposent que d’un seul instrument ? Et qu’il y a deux banquettes ? Les ingrédients plaidaient en faveur d’un set à quatre mains. C’est d’ailleurs ainsi que la première improvisation a été menée. Le bagou et l’humour de Zygel y ont bien entendu trouvé leur place. Car, à quatre mains, il faut partager le clavier et, dans ce cas, pourquoi ne pas le partager équitablement ? C’est donc sur 44 notes d’un côté et 44 de l’autre que la négociation débouche. Plus précisément « jusqu’au fa » s’accordent-ils. Les quatre cents personnes présentes rient.

La seconde improvisation est menée en solo par Thomas Enhco autour du mot « anticonstitutionnellement ». La musique est belle, les mélodies tombent à pic, mais le rapport avec le mot le plus long du dictionnaire est bien flou. Le public le sent, qui propose « joie », « feu d’artifice », « safari », « tzigane », « horreur » - des mots à charge émotionnelle ou narrative plus forte. Et les pianistes se piquent au jeu, Enhco allant jusqu’à illustrer « un tzigane faisant un safari et à qui il arrive quelque chose d’horrible »… L’un et l’autre s’amusent de ces associations d’idées. C’est ainsi qu’un « canard volant » se retrouve associé à la panthère rose et à Harry Potter.


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Thomas Enhco © Michel Laborde

Quand, dans le public, on propose « sumo » et « Andalousie », Enhco réagit au quart de tour : « Je prends ! ». Il nous plante alors le décor d’une Andalousie grave, teintée de mélopées asiatiques. Et quand le morceau se clôt, Zygel enchaîne en proposant d’illustrer la différence entre les gammes chinoises et japonaises par un « Frère Jacques » décliné selon que l’on se trouve d’un côté ou de l’autre de la mer du Japon.

Les improvisations en solo ou à quatre mains sont bien entendu le fil conducteur de ce « Concert de poche » empli de clins d’œil divers et variés. Elles revêtaient, sous l’autorité de Zygel, un caractère pédagogique, comme toujours car sous l’humour et le show, dans lesquels il excelle, perçait une question plus sérieuse : « Qu’est-ce qu’improviser en musique ? ».