Tribune

Eric Groleau

Hommage au batteur disparu


Photo : Christian Taillemite

Eric Groleau était ce genre de batteur dont on découvre l’ampleur au détour d’un projet. Pas dans ses mots, dans ceux des autres. Sa force de frappe à lui, bien que réelle, résidait dans la délicatesse et la souplesse. Il s’épanouissait là où, poussé par son amour du rock (de John Bonham avant tout chose), des musiques classiques, contemporaines et improvisées, le son convie simplement au bonheur d’être et au discernement.

Récemment, on a pu l’entendre avec Anil Eraslan avec qui il forme le duo FriTrip, et Matthieu Metzger au Théâtre de l’Alliance Française. Son passage enregistré sur France Musique dans le cadre de l’émission À l’Improviste d’Anne Montaron, sera diffusé ce mois de janvier 2019. Ce sera pour toujours l’un de ses derniers enregistrements : il est décédé brutalement.

Éric Groleau

Membre de l’ensemble Dédales de Dominique Pifarély avec qui il restera extrêmement lié, Eric Groleau a vu le jour dans le marais poitevin et toujours gardé un lien authentique avec cette région à qui le jazz hexagonal doit beaucoup. Après des études au CRR de Poitiers, le batteur a aussi su faire fructifier son amour des mots et du texte, comme le révèlent sa complicité avec le poète Fred Griot ou des participations à des disques où la chanson tient une grande part.

Il a, en parallèle, marqué de sa patte de très nombreuses formations jazz comme le trio de Dominique Pifarély avec Julien Padovani. Après avoir reçu les honneurs de Johnny Griffin et Maurice Vander, il a joué avec Louis Sclavis, Tim Berne, Claude Tchamitchian, Marc Ducret, Médéric Collignon, Olivier Benoit, Bruno Girard dans l’étonnant G !irafe, Michel Godard ou bien encore François Couturier. Il a fondé son propre quintet avec Eric Brochard, Jean-Jacques Decreu et les complices de toujours, Pifarély et Sylvain Kassap. A noter aussi un trio avec François Corneloup et Hélène Labarrière, remarqué notamment lors d’une des nombreuses soirées qui l’ont vu se produire à l’Atelier du Plateau, l’un de ces lieux-refuges que l’on connaît bien ici, et dont la porte lui était toujours ouverte.

Claude Tchamitchian, Eric Groleau, Sylvain Kassap

Eric Groleau a toujours refusé de se laisser enfermer dans un style, préférant choisir les envies et les coups de cœur, voire les projets transversaux comme « Peur » avec François Bon et, à nouveau, le fidèle Pifarély. Le saxophoniste Philippe Lemoine était un autre collaborateur du batteur, notamment en quartet avec Didier Ithursarry et Olivier Lété. Avec Lété et Lemoine, Eric Groleau a aussi donné vie à un orchestre qui connut les grandes heures du mythique label Chief Inspector, Le Maigre Feu De La Nonne en Hiver. Le dernier album du trio fut une relecture personnelle de chansons populaires et enfantines à l’aune de la musique improvisée, comme une manière de retomber sur ses pieds.

On a beau compter les vers, la fête s’est tue. Le Maigre Feu paraît tari, entretenons-le pour honorer comme il se doit l’œuvre et la personnalité d’un grand musicien.