Scènes

François Corneloup Next au Pannonica

A la suite de son « ULM », François Corneloup voulait revenir à une musique plus instinctive, plus simple, s’appuyant sur la danse, le groove et la mélodie. Ainsi est né le projet « Next » présenté à Nantes le 8 avril 2009.


A la suite de son ULM [1] avec Marc Ducret et Martin France, François Corneloup nous disait vouloir revenir à une musique plus instinctive, plus simple, s’appuyant sur la danse, le groove et la mélodie. Ainsi est né ce nouveau projet, « Next », qui a déjà à son compte un album paru fin 2008 et a sillonné la France [2] au printemps 2009, en passant notamment par le Pannonica.

A l’écoute du disque, on se disait que ce groupe était taillé pour la scène : une rythmique puissante, élastique, accompagnée par deux instruments mélodiques dont l’alliage original apporte une touche insolite. D’emblée, ce qui frappe, c’est le trio rythmique. Les musiciens américains sont infernaux : groove d’enfer, énergie communicative, sourire en coin, bonheur affiché. L’ambiance devient fiévreuse et les pieds commencent à s’agiter dans la salle. Les trois premiers morceaux sont dans une même veine : des mélodies jouées à l’unisson par le baryton et le violon (amplifié) et prenant appui sur le rythme inébranlable distillé par le trio d’outre-Atlantique.


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François Corneloup & Dominique Pifarély © Patrick Audoux/Vues Sur Scènes

A la basse, Chico Huff est le vrai maître « secret » du groupe : doué d’une oreille stupéfiante, il saisit au vol les lignes de ses partenaires pour les intégrer dans son propre jeu tout en maintenant ce mouvement perpétuel. A ses côtés, JT Bates [3] a du mal à rester assis : gesticulant en tous sens, tantôt sur son siège, tantôt plié en deux puis debout, il se démène comme un beau diable. Son jeu allie la puissance du rock à l’inventivité jazz ; il est le partenaire idéal de la basse électrique. Sa capacité à se renouveler tout au long du concert tient du prodige : le quintet doit beaucoup à cette fraîcheur permanente. Avec de telles fondations rythmiques, Next est lancé et la voie grande ouverte pour Corneloup, Dominique Pifarély et Dean Magraw. Après avoir collaboré avec Huff et Bates alors que le violon et le baryton exposaient le thème, le guitariste se permet un solo en rupture totale avec le climat installé, et d’une grande délicatesse — il n’hésite pas à recourir au silence pour alimenter son propos. Jamais ces artistes ne se laissent aller à la monotonie inévitable d’un groove qui pourrait lasser.


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JT Bates © Yann Renoult

S’ensuit une magnifique ballade introduite en solo par Corneloup dans un esprit beaucoup plus jazz, puis un passionnant duo violon/batterie. On passera aussi par des élans funky ou blues, notamment grâce à la guitare de Magraw, par des décharges d’énergie délirantes au travers des solos de Pifarély qui, d’autant plus expressif qu’il est virtuose, va jusqu’à jouer sur les larsens. Ce violon amplifié, associé à une basse électrique, rappelle d’ailleurs certains enregistrements des années 1970 issus de la scène « Loft », tels ceux publiés par Alan Douglas sous le titre « Wildflowers » [4].

Le nouveau groupe de Corneloup marie habilement histoire et modernité, et la présence des Américains ainsi que leur entente exceptionnelle, visiblement jouissive, avec les Français achève — après deux heures de musique en un seul set — de conquérir un public hétéroclite par un morceau très free où Corneloup lâche les chevaux, plus un rappel très bluesy. On en ressort revigoré et impressionné par la performance.

par Julien Gros-Burdet // Publié le 22 juin 2009

[1In Circum Girum, 2006

[2Voir le reportage-photo de Yann Renoult à Saint-Brieuc.

[3Déjà entendu au sein du trio Fat Kid Wednesday ou du « Birdwatcher » de Michel Portal.

[4Douglas Records, 2006