Chronique

Fred Frith

Live at The Stone - All Is Always Now

Fred Frith (g), personnel détaillé plus bas

Label / Distribution : Intakt/Orkhestra

A 70 ans passés (et même s’il a encore de belles années devant lui), Fred Frith, guitariste, multi instrumentiste et compositeur anglais, nous livre en quelque sorte avec ce Live at The Stone, son testament musical.

Entre 2006 et 2016, le trublion britannique a donné 80 concerts (dans des configurations allant du duo au quartet, avec tout de même une préférence pour le duo) au Stone, célèbre club new-yorkais dirigé par John Zorn. Certains ont été enregistrés, d’autres non. Sur les sept heures d’enregistrement, le guitariste a tout écouté, classé, réécouté, analysé avant de faire son choix définitif et de garder près de trois heures de musique répartie sur trois CD.

Dans les notes de pochette de l’album, Fred Frith nous éclaire sur la genèse de ce projet : « […] Le procédé était le même et ressemblait un peu à ça : arriver au Stone vers 18 heures, préparer le matériel et vérifier que tout fonctionne, si le temps le permet, casser la croûte ; premier concert à 20 heures, sortie des spectateurs à 21 h 15, réinstallation et vérification du matériel pour le nouveau set, ouverture des portes, deuxième concert à 22 h. Aller manger un bout […] Répétez l’opération pendant 5 jours. »

Cette organisation quasi monacale pourrait laisser craindre une musique figée, redondante, fonctionnaire. Pour Frith, au contraire, elle est la matrice qui lui permet d’envisager la musique comme une expérimentation perpétuelle. La prise de risque y est maximale. L’improvisation totale. Spontanéité, instantanéité, inattendu, recherche sonore permanente (la guitare comme un avant-poste de tous les possibles). Éloge de la rencontre, du dialogue, du débat. De ces confrontations avec la fine fleur de la scène improvisée new-yorkaise (Laurie Anderson, Sylvie Courvoisier, Ikue Mori, Gyan Riley, Nate Wooley…) naît sa musique inclassable, émouvante, toujours sur le fil du rasoir, souvent à la limite (quitte à ne pas trouver à chaque coup, à se répéter parfois), ardue souvent, certes, mais toujours empreinte d’une folle liberté.

par Julien Aunos // Publié le 23 juin 2019
P.-S. :

Fred Frith avec Laurie Anderson, Amma Ateria, Sylvie Courvoisier, Nava Dunkelman, Jordan Glenn, Shelley Hirsch, Jason Hoopes, Annie Lewandowski, Jessica Lurie, Miya Masaoka, Ikue Mori, Pauline Oliveros, Evan Parker, Gyan Riley, Else Olsen Storesund, Sudhu Tewari, Clara Weil, Theresa Wong, Nate Wooley