Scènes

Grégory Privat, premier invité du Manu Jazz Club à Nancy

Avec sept concerts programmés de novembre à mai, le nouveau lieu du jazz à Nancy était attendu depuis longtemps. De quoi vibrer entre deux éditions de Nancy Jazz Pulsations.


Jeudi 28 novembre : Grégory Privat monte sur la scène du Théâtre de la Manufacture à Nancy. Il est le premier musicien à se produire dans le cadre d’un nouveau rendez-vous mensuel du jazz dans la Cité des Ducs de Lorraine : le Manu Jazz Club. Un pari que lancent l’équipe de Patrick Kader et Nancy Jazz Pulsations avec la complicité de Michel Didym, directeur du Centre Dramatique National.

Maintenir le fil du jazz à Nancy tout au long de l’année entre deux éditions de Nancy Jazz Pulsations, telle est l’ambition du Manu Jazz Club et de son responsable Patrick Kader, par ailleurs directeur du festival depuis plus de trente ans. « Nous avons cherché un lieu dédié au spectacle, qui dispose du confort, des lumières, d’un bar, d’une vraie convivialité, mais qui n’appartienne pas à la catégorie de salles telles que l’Opéra ou la Salle Poirel. Les soirées du Manu Jazz Club sont organisées sous forme de concerts en deux parties, avec possibilité de rencontrer les musiciens. Et si tout cela a été possible, c’est grâce à Michel Didym, directeur du Théâtre de la Manufacture et lui-même féru de musique. Très motivé, il a aménagé l’année 2013-2014 pour pouvoir programmer un concert par mois, ce qui n’est pas si simple à mettre en œuvre dans la saison d’un théâtre [1]. De notre côté, nous avons carte blanche pour la programmation. »

L’idée est, comme on s’en doute, de pérenniser ce nouveau rendez-vous avec les amateurs de jazz, mais rien n’est acquis d’avance. « NJP ne dispose pas de budget supplémentaire pour la mise en place du Manu Jazz Club : c’est le bilan comptable de mai qui permettra de savoir si nous pourrons continuer ! On verra bien ce que cela donnera au bout de la première saison. » Autre ambition, et pas des moindres, rajeunir le public. « On a du mal à rencontrer des gens de moins de 30 ans avec qui on puisse parler de jazz, c’est un problème. Pour le premier concert, tous les bénévoles de NJP ont été invités ; ils ont découvert, fait un effort d’écoute. »


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Grégory Privat © Jacky Joannès

Côté programmation, à l’exception des américains de Kneebody le 20 mars, sous la houlette du saxophoniste Ben Wendel, les affiches sont hexagonales, ou du moins francophones, et de qualité : Grégory Privat pour commencer, puis la famille Belmondo et son Mediterranean Sound (le 12 décembre, mais sans Stéphane, remplacé pour l’occasion par Julien Alour), Olivier Temime et les Volunteered Slaves (9 janvier), Stéphane Huchard (13 février), Laïka 5tet (24 avril) et pour finir, le 15 mai, Looking for Parker (Géraldine Laurent, Manu Codjia, Christophe Marguet). Cerise sur le gâteau, mais hors Manu Jazz Club, Patrick Kader annonce la venue du quintet de Pat Metheny (avec Chris Potter), le 7 juin salle Poirel : « Un avant-goût de NJP ! »

Le Manu Jazz Club, un pari finalement audacieux, en 2013, et un pari que Citizen Jazz soutiendra, comme on l’imagine. Longue vie à cette initiative dont nous ne manquerons pas de relater les différents rendez-vous, un jeudi par mois. Le premier est donc le concert de Grégory Privat, qui a pu, dans un premier temps s’inquiéter de la tiédeur du public (venu nombreux, c’est la première bonne nouvelle), qui ne se réveillera que tardivement. À l’étonnement des musiciens, la salle manifestera même un enthousiasme inespéré en exigeant deux rappels pour prolonger la fête. Allez comprendre… Le pianiste martiniquais est venu présenter le répertoire de Tales Of Cyparis, son disque-concept récent, imaginé autour du personnage d’Auguste Cyparis, prisonnier rescapé de l’éruption de la Montagne Pelée en 1902 et devenu une curiosité de cirque dont on exhibait les blessures. Aux côtés de Privat, la formation est celle de l’album (à l’exception d’Arnaud Dolmen, absent) : Manu Codjia (guitare), Jiri Slavik (contrebasse), Sonny Troupé (ka) et Adriano Tenorio (percussions). La paire de percussionnistes offre un spectacle réjouissant et contribue pour beaucoup à la réussite d’une soirée qui aura aussi été marquée par les inspirations électriques et introspectives de Codjia, remarquable dans sa faculté d’élargir l’espace sonore. Quant au jeu de Grégory Privat, nourri de ses racines caribéennes et d’un romantisme aux accents souvent méditatifs et oniriques, il confirme le talent d’un musicien qui devrait installer au premier plan sa belle personnalité sur la scène jazz.

Une première date dont le Manu Jazz Club se souviendra, pas seulement parce que c’était le début d’une nouvelle aventure, mais d’abord parce qu’elle a offert au public deux heures de musique vibrante et chaleureuse. À ce dernier maintenant de répondre présent à l’appel des prochains concerts, et de faire que ce nouveau rendez-vous entre dans l’histoire du jazz en Lorraine.

par Denis Desassis // Publié le 9 décembre 2013

[1La plupart des concerts auront lieu dans la grande salle du Théâtre de la Manufacture, quelques-uns dans sa petite voisine, La Fabrique.