Hein Westgaard Mat Maneri
Chamber
Hein Westgaard (g), Mat Maneri (vla).
Label / Distribution : Gotta Let it Out
Le guitariste norvégien Hein Westgaard, installé à Copenhague, fait valoir la qualité de son jeu dans les contextes les plus ouverts où il apporte une couleur atypique, à la fois techniquement riche d’une pratique complète de l’instrument et libre de toutes frontières esthétiques. Témoin notamment, le trio qu’il dirige au côté de Petter Asbjørnsen et Simon Forchhammer dont le disque First As Farce avait su séduire les oreilles de Citizen Jazz. C’est toutefois dans un contexte proche de sa participation au Collateral Damage de Margaux Oswald, que se situe sa collaboration avec l’altiste américain Mat Maneri.
Avec pour titre Chamber, le duo tient du dialogue confidentiel que deux créateurs peuvent entretenir une fois les egos mis de côté et d’une musique dite « de chambre », d’intérieur plutôt, d’intériorité sûrement, qui privilégie l’écoute attentive loin des turbulences du monde. De fait, jouant de la nuance avec d’infinies délicatesses et s’immisçant au moment le plus opportun dans le flux musical, les deux musiciens usent de l’attente avec un art consommé. Sans empressement, la moindre note est pesée comme un moyen d’affirmer un essentiel commun qui ne sera jamais bousculé par un débordement outrancier malgré les possibilités que cette musique propose. La mesure, là encore. Ici, l’altérité est pensée comme le moyen de sa propre élévation.
À partir des accords étranges aux ambiances lunaires de Westgaard, l’alto éploré de Maneri vibre d’une intensité contenue porteuse d’une émotion incarnée. Dans cet échange à la fois ultra contemporain et mélancolique se noue un entrelacement étroit qui n’est pas étouffant : chaque ligne est distinctement lisible, comme pensée en amont. Car, aussi fascinant que cela soit, la force de ce duo est bien de s’inventer dans le présent de son jeu. Entièrement improvisé jusque dans ses phrases impressionnistes et délicates et toujours attentif à la forme, il est le fruit d’une concentration pleine à la densité maîtrisée. Étrangement, il en ressort un échange fragile et ample qui se vit comme le récit d’un rêve.
