Scènes

Hélène Labarrière Quartet au Pannonica

Le jazz ne connaît pas la crise !

Les temps changent, c’est la crise ! Aussi surprenant que cela puisse paraître, le concert du 8 octobre 2008 au Pannonica avait tout d’un atelier collectif sur le thème : « Quelques solutions nouvelles pour aborder ce siècle sans mollir »… Les temps changent.


Les temps changent, c’est la crise ! Aussi surprenant que cela puisse paraître, le concert du 8 octobre 2008 au Pannonica avait tout d’un atelier collectif sur le thème : « Quelques solutions nouvelles pour aborder ce siècle sans mollir »… Les temps changent.

En effet, c’est la crise. Et pourtant ! Cent trente personnes, un mercredi soir, réunies dans LE club de jazz nantais (et la salle offre un confort d’écoute remarquable, essentiel pour ce type de formation et de musique) pour l’ouverture « officielle » [1] de ce qu’il est convenu d’appeler la tournée d’Hélène Labarrière et de ses camarades. Car du 8 au 19 octobre ce quartet se produira onze fois dans autant de villes pour rappeler la sortie du disque Les temps changent l’année dernière. Étonnante performance, en ces temps de restrictions budgétaires, que d’arriver à faire brûler aussi longtemps la flamme d’un projet.

Celui-ci est construit et présenté comme une suite cohérente de morceaux, presque une forme sonate, dont on peut suivre le fil rouge (drapeau rouge ?) de pièce en pièce. Pour n’en pas briser l’écrin, le concert est joué en un seul set, sans une interruption ou presque. Ce fil d’Ariane est une figure mélodique, un riff, un ostinato qui sous-tend la plupart des morceaux. Tantôt à la contrebasse (et certaines boucles mélodico-rythmiques sont magistralement virtuoses), tantôt au baryton (parfois une seule note répétée avec entêtement tient lieu de basse continue), à la batterie (quelques mailloches titubantes cerclant la mesure) et, bien sûr - usant d’effets, d’objets, de machinerie - à la guitare, transformée çà et là en orchestre d’aliens.

Sur ces motifs entêtants se construit un dialogue musical d’une grande maturité et d’un chromatisme fauve. La maîtrise instrumentale des quatre musiciens leur permet toute licence organologique. Ainsi de la contrebasse d’Hélène Labarrière, qui sonne aussi percussions ou guitare électrique, du baryton de François Corneloup qui, privilégiant les aigus feutrés, en fait une clarinette, ou des balais et mailloches de Christophe Marguet, grattants et piquants, fouettant l’air pour en extraire un souffle éolien dans un silence recueilli, et enfin de la guitare d’Hasse Poulsen, bruitiste détendu dont le registre coloré court du rugissement saturé à l’effleurement cristallin.

Cette musique magnifiée, très ancrée dans le blues, aux extrémités raffinées, ne doit pas être sortie de son contexte : les temps changent vite. Et les titres choisis, les petites phrase entre les morceaux, la reprise de « La complainte de la butte », sont le reflet de la démarche musicale de la compositrice et contrebassiste : envie de vérité, refus des compromissions, respect nostalgique des combats passés.

Une musique libre, donc rare.


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© H. Collon / Vues sur Scènes

par Matthieu Jouan // Publié le 13 octobre 2007
P.-S. :


La tournée se poursuit donc ces jours-ci :

Le 9/10 à Douarnenez (l’Auditorium), le 10/10 à Rosporden (L’Etincelle), le 11/10 à Lannion (Le Pixie), le 12/10 à Langonnet (La grande boutique), le 14/10 à Pantin (La Dynamo), le 15/10 à Lille (La Malterie), le 16/10 à Reims (Djaz51), le 17/10 à Nancy (Nancy Jazz Pulsations), le 18/10 à St Claude (D’Jazz au bistrot), le 19/10 à Genève (AMR).

Puis séance de rattrapage le 11/11 à Nevers – Nevers Jazz Festival.

[1après trois dates de rodage dans des festivals cet été