Chronique

Hilde

Timbre

Marie Daniels (voc), Emily Wittbrodt (cello), Maria Trautmann (tb), Julia Brüssel (vln)

Label / Distribution : Boomslang Records

La voix n’est jamais loin, nous l’avions dit, dans la musique de Hilde. Comme dans l’album précédent, on suit avec beaucoup de plaisir les pérégrinations aux franges d’une pop luxueuse de Marie Daniels et de ses compagnonnes. Dans « Taneen », alors que la voix-instrument se mêle avec une grande aisance au violoncelle d’Emily Wittbrodt et au violon de Julia Brüssel, c’est le trombone de Maria Trautmann qui prend le rôle du chant avec une grande douceur. Le tout dans une esthétique qui rappellera, de loin en loin, le Mejiro d’Ellinoa, tant dans l’amalgame des timbres que dans l’esthétique très naturaliste et douce.

La mutation de Hilde, venu de l’improvisation, se continue, avec une frange pop de plus en plus affirmée, comme on l’entend dans « Timbre », le morceau-titre, qui se construit encore sur les cordes pour s’envoler au premier souffle. Le chant de Daniels oscille entre éther et profondeur, mais toujours avec cette petite touche acidulée qui donne au trombone une incarnation réelle, comme si c’était Trautmann qui raccrochait tout le monde au tangible, dans une mécanique discrète et irréfragable des cordes. C’est avec « Barranco », certainement le morceau le plus intéressant de cet album, que cette construction trouve son écrin, le trombone jouant en éclaireur dans un échange très doux avec le violoncelle, offrant des nuances à la voix de Daniels ; mais aussi la persistance des timbres dans un tutti puissant qui dans son luxe de détails offre une multitude de chemins pour laisser libre cours à l’imagination.

On peut penser que Hilde est un projet inclassable qui se normalise à petites touches, prenant le format chanson comme boussole, mais ce serait bien réducteur, justement parce que l’équilibre entre les musiciennes permet de nombreux interstices dans lesquels elles peuvent affirmer une grande liberté et un tribut important aux musiques écrites occidentales (« Agree ») et à l’improvisation (« Clouds »). Dans ce projet paru sur le label Boomslang qui affirme sa grande liberté esthétique et un désir généraliste que son catalogue souligne. Quant à Hilde, le quartet poursuit un chemin très coloré et très agréable.

par Franpi Barriaux // Publié le 28 juin 2026
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