Chronique

Jan Lundgren

Potsdamer Platz

Jan Lundgren (p), Dan Berglund (b), Jukka Perko (saxes), Morten Lund (dm)

Label / Distribution : ACT/Harmonia Mundi

À l’heure où Jan Lundgren, aux côtés de Paolo Fresu et Richard Galliano, s’apprête à jouer son Mare Nostrum II tout l’été, tout en continuant à rendre hommage à son magistral devancier Jan Johansson avec son Ystad Concert (albums tous deux sortis en début d’année dernière chez ACT, en février et avril précisément), il n’est peut-être donc pas trop tard pour parler de cette nouvelle livraison chez le label allemand intitulée Potsdamer Platz. Ce disque que le pianiste suédois voudrait aussi uni, aussi fédérateur, du point de vue de l’histoire du jazz, que la célèbre place de Berlin dont il a pris le nom, a été enregistré dans la capitale allemande il y a de cela deux ans déjà : un an après son second projet méditerranéen et quelques mois avant son passage au festival d’Ystad, dont il est le directeur artistique depuis plusieurs années, et où fut enregistré son album tribute en public.

Regroupant une dizaine de titres dont neuf compositions du pianiste, jouée avec l’appui d’une formation toute scandinave (un batteur danois, un saxophoniste finlandais, le bassiste lui aussi suédois du regretté E.S.T.), cet album commence par nous offrir une musique dense, resserrée, concentrée sur son exécution collective. Peu de place pour l’auditeur-flâneur. Puis au fil des plages, les thèmes prennent le temps de se développer, les musiciens retiennent moins leurs élans et une plus grande liberté mélodique va, peu à peu, s’affirmer, notamment autour de l’alternance entre saxophone et piano. Partis avec une énergie teintée de gaieté, on finira néanmoins sur une note plus triste, comme à l’écoute de cette romantique nostalgie parisienne, « On The Banks Of The Seine ». Mais c’est sans doute que le matin approche, que le concert est, hélas !, déjà fini, et qu’il est temps de vider les lieux ; preuve, tout de même, que cet album aura réussi pendant près d’une heure à nous faire ressentir l’ambiance feutrée d’un club de jazz - qu’importe alors que les portes en aient été ouvertes en Europe ou en Amérique.