Scènes

Jazz à Vienne 3/7/10 : Blue blues blues…

Music Maker, Beverly Watkins, Joe Bonamassa.


Soirée blues à Vienne ? La tradition est sauve avec trois formations de talent aux horizons multiples. Dommage tout de même que les tontons blueseurs de Music Maker n’aient pu jouer les prolongations. Authentiques, débonnaires, complices, ils ont administré une belle leçon de musique à un public sous le charme malgré la pluie.

La soirée Blues de Jazz à Vienne est tout à la fois un rite, une escale, un truc minuté au possible, une ambiance autre, un volume sonore à réveiller les lézards sous les pierres et, surtout, une histoire mêlant le retour de figures de légende et des jeunes promus sortis d’on ne sait où. Le tout se déroulant en quatre heures dans un Théâtre antique toujours le plein. La soirée de samedi soir n’a pas fait mentir la tradition, mêlant en ouverture un groupe hexagonal de belle tenue, Malted Milk, en final, un tonitruant Joe Bonamassa et, entre les deux, cette perle qu’est la Music Maker.

Le charme de Malted Milk, plus musclé qu’il n’y paraît, tient d’abord au mélange de musiques et d’apports personnels et d’un rappel constant à la belle tradition. Cela donne des enchaînements vigoureux, produits par des musiciens qui s’emboîtent à merveille. Le temps de plier bagages pour descendre au Club de Minuit et voilà Music Maker en piste.


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Music Maker © J.-L. Chauveau

Un petit miracle ! Un moment rare. Septuagénaires en goguette mais pas seulement. Une façon de vivre la musique, de porter sa guitare, de rendre tout le monde complice d’une même émotion. On connaît l’histoire de Music Maker, cette façon assez unique de remettre en selle des musiciens oubliés ou oublieux mais dont la flamme est intacte. D’où, cette année, ce groupe à géométrie variable : emmené par Adolphus Bell, il sait restituer en trois accords une musique d’une étonnante fraîcheur. Une façon de dépouiller le jeu des guitares pour n’en retenir que le feu sacré, de tromboniser avec force (Lil’Joe) et de chanter (Pat Cohen) en toute décontraction.

Le must est tout de même l’entrée sur scène de cette petite lady du blues, Beverly « Guitar » Watkins. Avec ses allures d’intérimaire qui n’a pas eu le temps de passer par les loges pour enfiler son habit de scène, le temps de prendre sa guitare, de chercher le micro, de prendre la mesure du théâtre, du public, de la pluie qui s’invite et là voilà qui démarre son petit show. C’est simple, ca va droit aux oreilles et au cœur. Les 6 ou 7 000 spectateurs réagissent au quart de tour, d’autant que chaque morceau renforce l’impression d’assister à un concert unique, joué sur le coin de la place, en oubliant le temps qui passe. Malheureusement, le déroulé est minuté, la feuille de route de la régie précise, façon horaire SNCF : la vieille classe n’a pas droit au moindre rappel. Pourtant, le public fait ce qu’il peut pour retarder le changement de plateau..


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Joe Bonamassa © J.-L. Chauveau

Car l’heure est venue d’accueillir le clou de la soirée : Joe Bonamassa et ses trois compères. Ça cogne, c’est rugueux, c’est sonore. On retrouve ici tout un héritage guitaristique, entre Cream, Mayall, un zeste de Who, de Zeppelin et de beaucoup d’autres. Sans être désagréable, l’ensemble demeure trop suspendu au seul jeu du chanteur-guitariste. Mais surtout, ce show fait pour d’autres scènes, moins intimistes, est bien loin de ce qui vient de nous ravir au Théâtre antique, ce moment authentique et mesuré. Reste que Bonamassa n’a pas démérité. Son quartet tourne rond. Mais ne supporte pas la comparaison. Il aurait fallu inverser l’ordre de passage. Dommage, surtout, de devoir attendre un an avant de revoir Beverly…

PS :

(Robert Lapassade, belle chemise à fleurs, recommande d’aller voir sur Youtube, Dailymotion etc… certaines séquences de Miss Beverly et des Music Maker. Elles permettent de mieux comprendre ce qui fait l’atmosphère unique du groupe.)