Chronique

John Butcher

Away, I Was

John Butcher (ts, ss).

Label / Distribution : Relative Pitch

Certains auteurs littéraires sont parfois tentés par le recueil de nouvelles. Forme courte, sans lien apparent entre les histoires, mis à part une esthétique ou un propos. Rapportée à la musique enregistrée, la chose est plutôt cohérente en chansons, mais pour nos musiques non alignées, cela se fait plus rare. Pourtant, avec son récent Away, I Was, le saxophoniste John Butcher s’approche de cette forme en collectant de 2008 à 2025 huit morceaux en soliste qui fouillent au plus profond de son esthétique qui nous avait tant plu à l’occasion récente d’une série de collaborations avec Sophie Agnel ou Magda Mayas. Dans la lignée des fortes têtes de l’improvisation, on entend ainsi le ténor s’approprier une transcription d’un morceau de Derek Bailey dans un style troublant et étonnamment fluide « Listening to DB listening to JR » ou encore rendre hommage à Joe McPhee avec la même déférence que Ken Vandermark récemment (« After Chihuahuan »).

Le propos de Butcher n’est ni une collection sans direction précise, ni une compilation de solos. Away, I Was tient davantage du cabinet de curiosités, où l’on se prend à la fois de plein fouet « Shaken Stains », dédié à Keiji Haino et bardé d’impulsions électriques, mais aussi dans le très court « Pricklings », enregistré en 2019, toutes sortes de sifflements d’anches comme une lente discussion d’oiseaux. Ces morceaux bénéficient de re-recordings qui appuient davantage un propos riche où l’improvisation règne en maîtresse.

Il y a aussi, et c’est sans doute le clou de cet album cohérent, deux pièces plus longues et intenses enregistrées assez récemment. On s’arrêtera sur « Brinks », le premier morceau de ce disque, capté en Pologne en octobre 24 : une phrase intense et grasseyante qui se transforme avec le temps en une douceur plus lointaine mais sait aussi se teinter d’acide et revenir en flamme. Très cohérent malgré le morcellement, ce nouvel album de John Butcher est l’occasion de se plonger dans sa musique.

par Franpi Barriaux // Publié le 25 janvier 2026
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