Chronique

Karoline Wallace

Eon

Karoline Wallace (voc, fx), Signe Emmeluth (ts, as, elec), Karl Bjorå (g), Joël Ring (cello), Martin Langlie (d).

Label / Distribution : Sauajazz

Repérée avec son album Stiklinger, mélange de chant traditionnel et de bandes enregistrées, c’est plus récemment avec le trio TIM qu’on a eu l’occasion de découvrir la Norvégienne Karoline Wallace. Souvent imaginaire, son folklore si personnel trouve un nouvel écrin avec Eon, envisagé en quintet avec des musicien·nes à l’univers aussi fort que la saxophoniste Signe Emmeluth ou le guitariste Karl Bjorå. Si on connaît bien la première pour sa musique à la rugosité free, on ne sera pas surpris de retrouver le second dans les projets d’Emmeluth, dont la dureté de la guitare fait bon ménage avec elle. Sur « Atlas », alors que la voix de Wallace, intense et pénétrante, joue à la fusion des timbres avec le saxophone, c’est la guitare qui est l’élément perturbateur. L’annonce d’un chaos qui tranche avec la pureté d’une voix travaillée par divers effets mais que Wallace conserve cristalline, comme un élément tranchant à la douceur paradoxale et contondante.

Car la voix de Karoline Wallace, par ailleurs incroyable compositrice, est le centre d’Eon. Un centre incarné et rêveur où le chaos n’est qu’alentour. « Klokkenstein » l’illustre avec beaucoup de poésie, appuyé avec douceur sur le violoncelle de Joël Ring ; la guitare de Bjorå se fait plus douce, plus atmosphérique, mais en gardant la même nervosité intranquille que Signe Emmeluth souligne à la flûte. Il est un dernier acteur à l’importance cruciale dans ce disque : c’est le batteur Martin Langlie, qu’on avait déjà entendu dans l’orchestre de Geir Sundstøl. Véritable thermostat de ce disque, ses rages nécessaires, presque héritées du metal, prennent la direction d’un colorisme très pastel lorsque Wallace induit cette direction.

Il y a dans la musique de Karoline Wallace quelque chose qui n’est jamais loin de l’enfance. « To Benedikte From Heather », chanson centrale qui reprend sa logique des bandes enregistrées est en quelque sorte le message d’un album très personnel. Dans le même ordre d’idée, « Karamellgneis », ballade évanescente que la guitare souligne à peine, est un billet sans retour vers une innocence qui se délite au fur et à mesure que la voix, de plus en plus ronde et profonde, va chercher son inspiration dans les feux follets des légendes scandinaves. Eon est un disque qui s’apprécie dans son contraste entre la langueur d’une chanteuse fascinante et la nervosité d’une formation très soudée.

par Franpi Barriaux // Publié le 28 juin 2026
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