Magda Mayas

Chant

Magda Mayas (cla)

Label / Distribution : Unsounds

On a beaucoup entendu la pianiste Magda Mayas dans un contexte de trio (avec Christof Erb et Gerry Hemingway) ou de duo (avec Tony Buck, Jim Denley ou Christine Abdelnour). Encore récemment, nous avions pu apprécier son octet Filamental, qui offre un espace incroyable à son piano préparé. Mais la musique de Mayas, ce travail opiniâtre sur les cordes et sur le son a besoin du solo, pour magnifier le geste, pour apprécier le son des matières dans les entrailles du piano. C’est ainsi que depuis quinze ans, la berlinoise propose des plongées solitaires au-delà du clavier pour éprouver un imaginaire. Paru sur le label amsteldamois Unsound Records, spécialiste des musiques expérimentales fondé par Andy Moor, Chant est ainsi le troisième solo de Mayas et sans doute le plus total et le plus abouti. « Embodied », premier long morceau de cet album est un lent corps-à-corps avec le piano, fait de boucles et d’incarnation de l’instrument dans tous ses états, bois et cordes.

Constitué de trois morceaux puissants, construits comme des récits d’errances épiques sur un clavier assourdi, Chant est l’histoire d’un piano qui prend vie dans une électronique torride, et d’une exploration de Mayas du clavinet et du Rhodes comme nouveau terrain d’exploration. « Halcyon » est le centre du propos de Magda Mayas, où les dispositifs sonores transforment le piano en une succession de riffs électriques qui se perdent dans l’écho. Halcyon, c’est à la fois une famille d’oiseaux, représentée sur la pochette, et dans la mythologie grecque une notion de deuil et de torpeur. C’est le sentiment qui nous étreint à l’écoute de ce morceau calme et profond, à la fois minimaliste et écorché. Si Mayas nous a habitué au geste, au son façonné dans l’instant, ce Chant nous plonge dans une strate abyssale et torturée qui offre du contraste et de la complexité. On pense à Jozef Dumoulin bien entendu, mais dans une version plus sombre, irrespirable parfois dans la noirceur d’une nuit sans lune.

Enregistré en partie en Australie, Chant est un disque fondateur pour Magda Mayas. C’est une introspection, quelque chose d’une confession et d’une libération qui donne un côté à la fois solennel et très simple, libérateur à bien des aspects. « Chant » est une paix retrouvé, dont les vibrations sympathiques ont parfois quelques reflets qui font songer à Satie. Quelque chose comme la paix de l’âme retrouvée. Une paix cabossée et intranquille, une sérénité inquiète, comme un oiseau toujours sur le qui-vive. Fascinant.