Magda Mayas’ Filamental
Murmur
Magda Mayas (p), Christine Abdelnour (as), Michael Thieke (cl), Angharad Davies (vln), Anthea Caddy, Aimée Theriot (cello), Rhodri Davies, Zeena Parkins (harp)
Label / Distribution : Relative Pitch
Quelques années après l’excellent Ritual Mechanics, on retrouve avec grand plaisir l’octet de Magda Mayas, Filamental, pour un morceau unique de plus d’une demi-heure où se développe le dialogue entre cordes et souffles de part et d’autre d’un piano transformiste, toujours voilé par des préparations méticuleuses. D’abord, c’est le souffle de Christine Abdelnour et Michael Thieke qui prédomine sur un piano réduit à une rythmique cristalline, puis ce sont les archets qui prennent la suite. D’abord tonitruants, encerclant un piano qui se libère peu à peu des entraves, elles lancent une discussion ouverte : les violoncelles d’Aimée Theriot et Angela Caddy font jouer leur bois craquant ; le violon d’Angharad Davies se fait plus disert. Alors que les harpes (Zeena Parkins, Rhodri Davies) bordent un espace de discussion large, le propos redevient plus serein, concentré sur le geste précis et la vigilance alentour.
Les cordes, très vite, prennent le dessus dans un minimalisme puissant, comme une brume rétive où s’inclut un piano qui va à l’essentiel. Au dessus de la nuée dépassent les anches, comme des oiseaux qui tournent autour d’un champ au printemps. Dans cet exercice, ce sont les harpes qui incarnent la dimension physique de cet orchestre très porté sur l’immatériel. On perd parfois la notion des timbres ; des cloches tintent mais l’on ne sait plus qui est quoi, jusqu’au puissant silence qui marque comme un second mouvement que les violoncelles bardent de dissonances. C’est un drone profond qui nous accueille, comme une percée des nuages, le rétablissement d’une troisième dimension qui donne de plus en plus d’espace à un piano qui règne sur cet ensemble.
Car Magda Mayas est toujours à la manœuvre dans ce morceau enregistré à Berlin en septembre 2024. Elle évoque pour Murmur le flot poétique des nuées d’oiseaux qui volent en groupe dans une danse géométrique. Il y a de cela dans cet échange à fleuret moucheté entre des improvisatrices qui n’accaparent jamais l’écoute mais calculent avec une grande finesse un espace alloué pour mieux danser ensemble un ballet réglé par une liberté qui brille par son imprévision. Paru sur le label Relative Pitch, ce nouvel album du Filamental nous rappelle avec brio à quel point la musique de Mayas est cruciale dans les musiques improvisées actuelles.
