Marcelo dos Reis Flora
Our Time
Marcelo dos Reis (g), Miguel Falcão (b), Luis Filipe Silva (d)
Label / Distribution : JACC Records
Quelques mois après un The Monkious remarqué à sa juste valeur, le guitariste lusitanien Marcelo dos Reis revient avec son trio Flora, synonyme chez lui de plaisir coupable ; en tout cas de retour en adolescence, auprès de ces musiciens qui ont formé son oreille et ses accords. Celui des guitar heroes. Pas besoin d’y mettre de nom : on sait, à l’écoute de « Thirteen Minutes » et son blues cabossé et caniculaire que le jeune Portugais regardait davantage du côté du rock progressif et de King Crimson que de celui, régressif, de Mark Knopfler. Temps long, écoute intense de ce que peuvent proposer les cymbales de Luis Filipe Silva, en constant mouvement, et la contrebasse fantomatique de Miguel Falcão, l’univers du trio Flora est effectivement en plein printemps électrique. Et dos Reis ne boude pas du tout son plaisir.
Flora n’est pas du tout dans l’esthétique du power trio. Rien n’est musculeux dans cet orchestre ; certes, avec « Bending Cycles », il peut y avoir quelque chose de rêche comme un mur raboteux, et une opposition franche, notamment avec la dureté de Silva qui n’a pas besoin de puissance pour imposer sa présence : ses peaux tendues peuvent être grandement acrimonieuses. Il y a dans Our Time un plaisir réel de jouer ensemble et d’aller en excursion dans des contrées connues mais largement non cartographiées, à l’instar de « Now That We Know » et ses longues plages ataraxiques, prolongées par les effets et faisant parfois songer aux longues plages bordées de calme que l’on entend dans les premières années de Pink Floyd, jusqu’à une tension finale fascinante.
Il n’y a pas de nostalgie dans Flora, pas de vague à l’âme mal placé, mais une volonté de célébrer ou de regarder en arrière, ce qui provoque le plaisir immédiat. Il s’agit d’utiliser un matériel commun et très fructueux pour créer quelque chose d’assez neuf et plaisant, une nouvelle boussole qui puise son magnétisme dans des temps anciens qui n’ont rien de mythique, sinon une écoute commune et ici universellement partagée. Le trio s’y retrouve avec gourmandise ; non pas comme dans des chaussons, mais comme des explorateurs spatiaux retrouvant leur oxygène. Avec délectation.
