Chronique

Mihály Borbély

Looking Back From Half Way

Mihály Borbély (ss, as, ts, cl, bcl, fl, kaval, tárogató)

Label / Distribution : BMC Records

Il n’est pas rare, pour un multianchiste, de faire d’un solo un bilan. Voici une pratique braxtonienne qu’a faite sienne le grand pédagogue et musicien hongrois Mihály Borbély, l’une des plus belles découvertes que BMC nous a permises. Voici 10 ans en effet qu’il promeuvent cet artiste capable de passer des saxophones et clarinettes classiques à des flûtes ou des instruments à anche double comme le tarógató, emblème des instruments pastoraux de l’Europe centrale et balkanique. C’est ainsi que “Blood in the Veins”, décrit par le musicien comme un dialogue magyaro-slovaque, est un modèle d’improvisation où le jazz se mêle à un folklore ancien immortalisé par les collecteurs, de Bartók à Kodály, ce dernier ayant fait l’objet d’un brillant hommage par Borbély lui-même. Il y a chez Borbély une volonté de faire vivre le folklore à travers le filtre de la musique savante, tout en gardant le rythme et le naturel des origines.

Basé sur le re-recording qui permet de faire de l’un le multiple, on peut goûter ainsi à la fabuleuse culture de Borbély, qui propose un enlevé “Pomaz-Budapest counterpoint” où l’overdub produit une musique répétitive et génératrice, en lien direct avec le “New-York Counterpoint" de Steve Reich. Plus loin, avec “Bass Clarinet Fantasia”, Borbély nous montre qu’il est toujours temps d’innover : récent utilisateur de la clarinette basse, il livre ici une musique apaisée, sorte de force tranquille qui ne va pas sans faire songer à Michel Portal - lui aussi a cette culture classique chevillée au corps.

Looking Back From Half Way est plus qu’un bilan. C’est, comme son nom l’indique, un coup d’œil dans le rétro avant un dépassement. Dans ce disque, il y a aussi le développement de ce concept de jazz agraire qu’il avait déjà exposé dans Hungarian Jazz Rhapsody. Il passe par quelques hommages, de “Gyimes Mood” au remarquable “Kaval Dance”. Ce dernier morceau est sans doute le joyau de ce disque. Il résonne profondément dans des racines envisagées comme le support nécessaire au renouveau, pas comme un immobilisme rabougri que ce disque fuit avec justesse et enthousiasme.