Chronique

Minvielle & Papanosh

Prévert Parade

Raphaël Quenehen (ts, bs, ss), Quentin Ghomari (tp), Sébastien Palis (cla), Thibault Cellier (b), Jérémie Piazza (dms), André Minvielle (voc, perc)

Label / Distribution : La C.A.D / Label Vibrant

Ces derniers mois, le quintet Papanosh menaient deux projets de front : Home, déclaration politique et poétique -ces choses ne devraient jamais être déliées- de solidarité universelle et Prévert Parade avec André Minvielle sorti par La C.A.D / Label Vibrant / L’Autre Distribution. Il fallait être aveugle ou roi de Takicardie pour ne pas voir un lien logique entre les deux propositions. « Etranges Etrangers » chante Minvielle sur une de ses compositions qui offre à Sébastien Palis et à Jérémie Piazza l’occasion d’installer une rythmique volontaire ; un chant de lutte et de cohésion, qui a même quelques accents du Liberation Music Orchestra à la toute fin du morceau, lorsque Quentin Ghomari se fait lyrique à la trompette. Ce n’est pas tous les jours qu’un orchestre de jazz se réclame du Groupe Octobre, sans que ce soit une posture. La musique de Papanosh, les tourneries latines de Raphaël Quenehen sur « Alicante » ou le trait de contrebasse rêveur de Thibault Cellier sur « La Guerre »,est résolument populaire.

C’est dire si la démarche est cohérente, et le discours de Prévert d’une incroyable modernité. Papanosh et Minvielle le font sien, mieux que ça, ils l’habitent, et nous rappellent que les paroles, même pastels, sont diablement révolutionnaires. Prenons « La Guerre », ce texte poignant ou Minvielle chante, avec la douceur des colères intérieures, « Vous déboisez, imbéciles »… Que dire sinon qu’on peut difficilement faire plus contemporain ? Mais derrière les paroles, il y a la musique, et celle-ci ne déroge pas au style colemanien tendance Ornette à ascendance mingussienne qui ont fait leur renommé. Peut-être même, dans la relation intense entre les deux soufflants, celle-ci s’est accentué. Ceux qui resteront sur les paroles, ou sur l’apparence d’un disque de chansons festives auront pour devoir de le réécouter attentivement. Il y a partout un luxe de détail, jusque dans le sucré « Un matin, rue de la Colombe » où Sébastien Palis joue d’un piano-jouet en re-recording. Un inventaire à la Prévert, sans doute.

Évidemment, il aurait été tentant de se la jouer virtuose. D’allumer les lampions et de lancer le bal ; de laisser Minvielle scatter et Quenehen cabotiner. Il l’avait fait d’ailleurs pour les dix ans des Vibrants Défricheurs. On aurait vécu un bon moment, de ceux qui sont fait pour filer vite. Mais la fusion du vocal’chimiste avec les rouennais est bien plus intense. Ils se sont fondus dans la poésie de Prévert et lui offre des habits neufs, très différents de l’impression qu’en avait fait Christian Olivier des Têtes Raides il y a quelques mois. Prévert appartient à tout le monde. La démarche de notre sextet de circonstance est avant tout collective. Personne ne tire la couverture à soi, que se soit dans les choeurs ou les chorus. Tout le monde écrit la musique, même si Quentin Ghomari a démontré qu’il était particulièrement doué pour ça. Les Vibrants Défricheurs sont un collectif et Minvielle est davantage qu’un compagnon de route. C’est une ligne à laquelle ils ne dérogent pas. Et ça aussi, c’est politique.