Chronique

Moritz Peter

You

Moritz Peter (ts, cl), Giovanni von Essen (vcl), Alain Jean-Marie (p), William Chabbey (g), Emmanuel Chabbey (b) et Mourad Benhammou (d).

Label / Distribution : Montreux Jazz Label

Six ans après Café Luz, Moritz Peter confirme avec You (The Montreux Jazz Label) ses affinités musicales avec les frères Chabbey : William, le guitariste, et Emmanuel, le bassiste. Le batteur Mourad Benhammou complète la section rythmique. Depuis 2004, le quartet est devenu quintet avec l’arrivée d’Alain Jean-Marie au piano. Sur trois plages, Peter a également invité Giovanni von Essen, chanteuse américaine d’origine cubaine qui partage son temps entre New York et Paris.

Moritz Peter signe sept thèmes, William Chabbey étant l’auteur du huitième. Le répertoire navigue entre ballades (« You », « Little Giant » en hommage à Sal Nistico [1]), rythmes sud-américains (« Rhumbolero », « A Little Rhythm » et « Pierrot »), blues (« Benha Blues » dédié au batteur), swing (« Up And Down ») et modal (« Yusef », hommage au saxophoniste Yusef Lateef). Comme sur Café Luz, les compositions, agréables, laissent la part belle à la mélodie.

You est clairement ancré dans le « jazz classique ». Au ténor, la sonorité et le phrasé de Mortiz Peter se sont épaissis et le situent quelque part entre Stan Getz (« You », « A Little Rhythm ») et Joe Lovano (« Rhumbolero »). Tandis qu’à la clarinette, davantage utilisée dans les morceaux plus vifs, il swingue dans le sillage des années 30. Dans tous les cas ses solos tournent rond. A son habitude, Alain Jean-Marie est irréprochable : élégant (« Up And Down »), dansant (« A Little Rhythm ») et astucieux (« Pierrot »). Il en va de même avec William Chabbey (toujours aussi sûr), dont le jeu post-bop qui n’est pas sans rappeler Wes Montgomery, mais aussi Kenny Burrell (chorus éloquent sur « Benha Blues »). La walking d’Emmanuel Chabbey épaule efficacement le sextet et prend des chorus légers et bien dans le rythme (« Pierrot »). Le « drumming musical » de Benhammou convient parfaitement à la musique de Peter : régularité et discrétion, chabada souple, balais infaillibles (« Up And Down ») et mailloches intenses (« Yusef »). Quant à von Essen, elle chante dans un registre plutôt aigu, d’une voix claire et avec une mise en place assez lisse (« A Little Rhythm », ou le chœur de « Yusef »). Quelques chorus de scat se seraient fondus avec bonheur dans cet environnement post-bop...

Comme le résume Moritz Peter dans les notes de la pochette : « Pour ce CD, mon idée était d’enregistrer une musique « facile à écouter », sans y perdre l’énergie et la profondeur qui caractérise une bonne musique. »

par Bob Hatteau // Publié le 14 juin 2010

[1Saxophoniste ténor américain (1948 – 1991) d’obédience hard-bop et qui a consacré l’essentiel de sa carrière aux studios et aux big bands : Woody Herman, Buddy Rich, Count Basie…