Chronique

Nguyen Lê Duos (Paolo Fresu, Dhafer Youssef)

Homescape

Nguyen Lê (g, computer programming & electronics), Paolo Fresu (tp, bugle & electronics), Dhafer Youssef (oud, voc & electronics)

Label / Distribution : ACT/Harmonia Mundi

Homescape frappe tout d’abord par l’apparente homogénéité sonore qui se dégage de ces soixante et une minutes. Que ce soit dans les morceaux avec le chanteur et oudiste tunisien Dhafer Youssef ou dans les duos avec Paolo Fresu, d’inspiration plus extrême-orientale, la musique s’étale dans l’espace, aidée par une puissante réverb’ et quelques effets électroniques. Aucun morceau ne sort vraiment du lot ; Nguyên Lê se reconvertirait-il dans la musique d’ambiance ? Aurait-il succombé aux sirènes d’un électro paresseux ?

Passée la première écoute, mi « Mangustao » mi-raisin, on se dit que le génial créateur des Tales from Vietnam n’a sans doute pas voulu que son Homescape s’apparente à une échappée hors du soi, à une dissolution de l’intime dans l’espace physique ou l’espace musical globalisé. La question des racines, des origines a été (est encore ?) cruciale pour Nguyên Lê et il convient de l’appliquer également à ce disque intrigant.

Quelques commentaires de l’auteur, à l’intérieur de la pochette, nous viennent en aide et ravivent peut-être encore les interrogations. Ce disque est issu de séances d’improvisation en duo dont le guitariste a cherché à révéler « la structure compositionnelle », dont il a extrait les moments où des thèmes se créent, s’installent.

La deuxième écoute (et les suivantes) révise les impressions premières de relative uniformité des mélodies, des climats. « Stranieri », « Mali Iwa », « Neon » avec Fresu, et « Zafaran » avec Youssef, peuvent agacer pour différentes raisons : virtuosité guitaristique moins inspirée que de coutume, rythmique électro urbaine stéréotypée, harmonies jazz-rockeuses un peu fanées… Autant d’aspects que l’on retrouve par ailleurs, mais que certains morceaux font oublier : « Byzance », « Mangustao » et « Safina » déclenchent des frissons lorsque la voix de Dhafer Youssef s’élève à des hauteurs insoupçonnées. Le décalage entre ce chant, résonant comme un appel de muezzin, le oud et les sonorités modernes des boucles et, de la guitare électrique constitue la plus belle surprise du disque.

Il ne faut pas oublier non plus les sympathiques et plus minimalistes « Muqqam » et « Kithâra », joués exclusivement au oud et à la guitare. La délicate mélodie de « Des Prés », le mélancolique et contemplatif « Lacrima Christi », l’atmosphérique reprise de Billy Strayhorn « Chelsea Bridge », le bref mais comme suspendu « Domus de Janes » constituent de beaux dialogues épurés entre Fresu et Lê.

La perfection technique (peut-être un peu froide) de ce montage final ne fait pas oublier toutes ces minutes de musique brutes que nous sentons derrière chaque passage ajusté au cordeau mais auxquelles nous ne pouvons pas (encore ?) avoir accès. À quand un Complete Homescape Sessions ?