Chronique

Oberg / Griener / Mahall

Lacy Pool 2

Uwe Oberg (p), Rudi Mahall (cl, bcl), Michael Griener (dms)

Label / Distribution : Leo Records/Orkhêstra

Fasciné par Monk, le pianiste Uwe Oberg avoue dans les notes de pochette de Lacy Pool 2 que son intérêt pour Steve Lacy, sujet d’étude depuis plus de quinze ans, lui est venu sur le tard. Trop cérébral, peut-être, d’un abord moins volcanique que de nombreux artistes qui ont nourri le style de l’Allemand, auxquels il rend hommage dans son solo Work. Comme c’est le cas dans maintes passions tardives, fruits d’une maturation plus intellectualisée, la musique de Lacy est mise en perspective ; c’est davantage une appropriation qu’une cristallisation. Elle vise la structure des morceaux et son architecture précise et s’attache moins à la couleur ou à des sentiments plus subjectifs. C’est la sensation que l’on a à l’écoute de « Blues For Aïda », où les basses du piano, aussi soyeuses et parcimonieuses que les cymbales de Michael Griener, soutiennent l’absence de contrebasse tout en suggérant la rigueur élégante d’un Avenel.

La relation Oberg-Griener est la colonne vertébrale de ce trio. Le batteur, qu’on a pu apprécier avec Ellery Eskelin dans un registre assez proche, mais aussi avec l’école de l’ex-RDA (hommage à Ornette Coleman avec Petrowsky, collaboration ancienne avec Ulrich Gumpert...) est le véritable héritier lacyen de cet équipe. C’est lui qui dans le précédent album de Lacy Pool chez HatHut avait convié le tromboniste Christof Thewes. Le clarinettiste Rudi Mahall, qui le remplace dans ce second volet paru chez Leo Records, est également un compagnon de longue date. Son rôle de rythmicien dans un morceau emblématique comme « Clichés » est primordial pour unir les deux lignes brisées et abstraites de la clarinette basse et du piano. Il parvient à recréer ce cycle entêtant et pourtant en perpétuelle mutation qui signe la patte de Lacy.

L’absence de sax soprano est revendiquée. Aux glissandi du trombone succèdent le son boisé et le spectre large des clarinettes. Sur « Trickles », le jeu très nerveux de Mahall qu’on a notamment pu entendre avec le couple Takase/Von Schlippenbach offre plus de latitude au piano pour s’emparer des thèmes. Chaque membre du trio s’octroie ainsi une liberté accrue. C’est ce qui permet d’apprécier dans Lacy Pool 2 la distance prise vis-à-vis de l’hommage par le choix de morceaux moins connus (« Deadline  ») et même de compositions inédites d’Oberg (« Jazz ab 40 »). L’actuel trio est un tribut, dans l’acception française du mot, à l’influence de Lacy sur l’improvisation européenne par trois brillants musiciens allemands. On a connu affiche moins alléchante.