Chronique

Quagmire & Christer Bothén

Rörane

Christer Bothén (bcl, cbcl), Karin Johansson (p), Nina de Heney (b), Henrik Wartel (perc).

Label / Distribution : Relative Pitch

Membre du Fire ! Orchestra de Mats Gustafsson et musicien légendaire [1], le clarinettiste suédois Christer Bothén est l’une des figures majeures des musiques improvisées européennes depuis les années 70 où il côtoya Don Cherry. L’an passé, on le retrouvait dans le quintet Cosmic Ear, avec une troupe de musiciens très soudés comme Kansan Zetterberg avec qui il a beaucoup enregistré. On le retrouve ici avec Quagmire, un trio suédois d’esprit frappeurs de la génération précédente où s’illustre notamment la pianiste Karin Johansson dont le groupe ORD reste dans les mémoires. Ici, dans une musique improvisée sensible et assez abstraite laissant beaucoup de place au silence, ce sont les entrailles de son piano qui parlent, suivant le râle de la clarinette contrebasse ou le travail opiniâtre des percussions de Henrik Wartel.

C’est l’éloge de l’infiniment petit qui anime cette rencontre où la contrebasse de Nina de Heney est une masse impavide, que ses compagnons sculptent patiemment à l’image de « Bottnia », nom donné en référence à la petite ville au sud-est de Stockholm où est enregistré le disque. Quagmire, le bourbier en anglais, donne une image assez parlante de la matière dans laquelle évolue l’orchestre : une improvisation épaisse, huileuse, qui s’agglutine volontiers et se répand comme une lave refroidie et inexorable. C’est l’amalgame des timbres qui donne ce sentiment troublant, la clarinette basse fouillant des profondeurs turbides que le trio remue ou met en résonance, à l’instar de ce que l’on entend dans « Tyfta » où la lumière vient souvent de Wartel ou des éclats boisés de Johansson.

C’est avec « Rörane », qui donne le nom à un album assez court paru chez Relative Pitch, que l’on perçoit totalement la grande complémentarité de cette rencontre, piano et percussions construisant un flux d’abord tapageur qui s’engonce peu à peu dans la masse amalgamée par l’archet de la contrebasse et le souffle continu des clarinettes. On est emporté par ce disque bref qui se termine avec « Rödde » sur un renversement des forces en présence, le piano de Johansson s’offrant soudain plus de relief avant de se laisser ensevelir par le silence. Troublant.

par Franpi Barriaux // Publié le 28 juin 2026
P.-S. :

[1Voir notre portrait.