Chronique

Radio String Quartet

Celebrating the Mahavishnu Orchestra

Bernie Mallinger (vln), Johannes Dickbauer (vln), Cynthia Liao (viola), Asja Valcic (cello)

Label / Distribution : ACT/Harmonia Mundi

Au village du jazz, sans discussion, le Mahavishnu Orchestra a mauvaise réputation. Archétype du jazz-rock, le groupe de John McLaughlin a souvent été raillé pour ses excès techniques et son absence d’émotion. On peut même dire, sans trop s’avancer, que cette tendance ne fait que s’accentuer au fil du temps [1]. Lorsque les échos de notre société de la cinétique deviennent assourdissants, pourquoi nos oreilles devraient elles endurer en plus les gesticulations de ces virtuoses du manche ou du clavier ?

Le Radio String Quartet apporte à cette question une réponse très simple et très convaincante : parce que la musique de Mc Laughlin est belle ! Du moins, l’arrangement et l’interprétation qu’en fait ce jeune quatuor autrichien confinent souvent à la grâce ou l’abstraction pure.

A l’exception de « Dream » [2], tous les titres du disque figurent sur les deux premiers opus du Mahavishnu Orchestra, Inner Mounting Flame(1972) et Birds of Fire (1973), reconnus comme étant les meilleurs ou les plus emblématiques du genre. On retrouvera donc avec plaisir les quelques morceaux-phares ayant fait la notoriété du groupe : « Birds of Fire », « Meeting of the Spirits », « Dance of Maya ». Bien qu’ils soient basés sur des arpèges extrêmement dissonants et des formules rythmiques toujours très complexes [3], leur adaptation pour quatuor à cordes s’effectue de façon naturelle, avec de belles trouvailles sonores dans l’emploi des pizzicati et des harmoniques. On appréciera également la réduction drastique du nombre de notes par seconde dans les parties auparavant dévolues aux soli égotistes.

Mais plus encore qu’un brillant hommage à cette musique d’une autre époque, il faut saluer dans ce disque le travail important de transformation, d’appropriation et de mise en correspondance de l’oeuvre de McLaughlin avec d’autres univers classiques. A titre d’exemples, le thème insupportable de « Vital Transormation » (sur le premier opus du groupe) devient ici une envolée furieuse digne de Steve Reich ; plus loin, « Thousand Island Park » se muerait presque en suite pour violoncelle de Bach

L’auditeur parcourra donc ce disque en abandonnant peu à peu ses éventuels repères jazz-rock. Il croisera quelques figures aussi diverses que Vivaldi, Terry Riley et le Kronos Quartet, brillament évoqués par ces quatre talentueux musiciens. Enfin l’ultime « Resolution » résonne comme la promesse de nouvelles confrontations entre le Radio String Quartet et d’autres oeuvres singulières.

par Julien Lefèvre // Publié le 16 avril 2007

[1Et parfois même au milieu des colonnes et podcasts de Ctizen Jazz !…

[2Morceau de Between Nothingness and Eternity, concert enregistré en 1974

[3Respectivement, 18/8, 10/8 , 6/4