Soft Machine
Thirteen
John Etheridge (elg), Theo Travis (ts, ss, fl, doudouk, kb, elec), Fred Thelonius Baker (b), Asaf Sirkis (d, perc, p).
Label / Distribution : Dyad Records
On ne va pas réécrire ici l’histoire de Soft Machine, dont les balbutiements remontent au milieu des années 60 et fleurent bon un rock jazz pataphysique à nul autre pareil. Pas plus qu’on intentera un procès en légitimité contre quatre musiciens qui enregistrent aujourd’hui sous le nom originel, au prétexte qu’aucun d’entre eux n’est membre fondateur d’une formation aux évolutions nombreuses et complexes.
Souvenons-nous seulement qu’une petite dizaine d’années après sa conception, Soft Machine – alors cornaqué par Karl Jenkins – avait amorcé un virage jazz rock réussi, produisant au grand dam des puristes deux albums d’excellente facture (Bundles en 1975 et Softs en 1976) avant de glisser tout doucement dans un silence qui ne prendra fin que trente ans plus tard. À cette époque en effet, quatre anciens (Elton Dean, Hugh Hopper, John Etheridge et John Marshall) remirent l’ouvrage sur le métier, sous l’appellation logique de Soft Machine Legacy. La disparition du premier, puis du second amenèrent à l’entrée en scène de Theo Travis et au retour d’un autre vieux « mécanicien », Roy Babbington. Etheridge, Travis, Babbington, Marshall : ainsi avait pris forme le quartet qui décida en 2018 de reprendre le nom de Soft Machine et de publier dans la foulée un nouvel enregistrement studio, Hidden Details. Vinrent ensuite Live At Baked Potato en 2020 et Other Doors en 2023, Fred Thelonious Baker prenant la place de Roy Babbington à la contrebasse. Et c’est après le décès de John Marshall qu’un nouveau (et remarquable) batteur incorpora le quartet : Asaf Sirkis.
Nous voici donc en 2026, à découvrir ce treizième album intitulé… Thirteen ! Comme au bon vieux temps, celui de Third, 4, 5, Six ou Seven. Ces quatre-là n’ont peur de rien et ont bien raison après tout. Car leur musique s’inscrit dans le droit fil de Bundles et Softs, délivrant des compositions originales sous le sceau d’un jazz rock élégant, qui aborde parfois les rivages du rock progressif [1] et multiplie les climats, dans un état d’esprit dont la fraîcheur n’est pas la moindre des qualités. Thirteen n’est certainement pas le disque du siècle ni même le meilleur de Soft Machine. Mais il recèle en lui toutes les qualités intrinsèques d’un effort collectif où la paire rythmique est irréprochable et les interventions de John Etheridge comme de Theo Travis d’un réel enthousiasme. Ce quartet ne triche pas, ne fait pas semblant d’être Soft Machine ; il poursuit son histoire, sereinement et sans nostalgie. Sans oublier pour autant les anciens comme Robert Wyatt à qui est dédié le tendre « Waltz For Robert » ou Daevid Allen, présent à la façon d’un fantôme sur « Daevid Special’s Cuppa », composé autour d’un de ses anciens solos de guitare.
On souhaitera par conséquent à Soft Machine que le chiffre 13 soit pour ses quatre musiciens synonyme de porte-bonheur.

